Ce texte marque la première intervention structurée de patriotes de gauche dans un conflit salarial à l'échelle de la Corse

( Tract diffusé à Aiacciu, Bastia, Corti et Ghisonaccia, Mars 95 )

 


SUSTEGNU A TUTTI I TRAVAGLIADORI IN LOTTA !

 

La grève de la fonction publique agit comme un révélateur de plusieurs réalités que vit la Corse aujourd'hui. 

Elle met en lumière le mépris de l'Etat et son manque total de prise en compte des conditions de vie qui, dans ce pays, vont se dégradant de jour en jour.Précarité ( dont l'Etat est bien souvent le promoteur: CES, Contrats d'insertion... ),, marginalisation et paupérisation d'une grande partie de notre jeunesse, acculturation.C'est la majorité de notre peuple qui est frappée.Si aujourd'hui se sont les travailleurs du Public, dans leur diversité, qui sont en lutte ce n'est pas le fait du hasard.

Les budgets de la fonction publique ont subi des coupes sombres dont les salariés font principalement les frais, ce qui se traduit par une dégradation constante des conditions de vie et de travail dont les usagers pâtissent également. L 'Etat, principal employeur de Corse, n'est pas sans l'ignorer. Lui qui ferme les écoles, lui qui ne remplace pas intégralement les fonctionnaires partis à la retraite, lui encore qui demande à certaines administrations d'instaurer la loi du profit dans le cadre de leur mission de service public, ce qui a généré de graves inégalités: l'exemple de la santé ou malgré les efforts des personnels pour refuser ce phénomène, s'est installée une médecine à deux vitesses, dont le sort est confié à des gestionnaires plus soucieux de rentabiliser l'hôpital que de répondre aux besoins des ayants droits.

Non les travailleurs de la fonction publique ne sont pas des nantis !

Non les acquis sociaux ne sont pas des privilèges !

Non le droit de grève n'est pas un chantage !

Ceux qui aujourd'hui sont en lutte doivent être soutenus, parce que leur cause est juste. Tenter d'opposer les travailleurs du public et du privé sous le prétexte que leur patron est différent est un absurdité qui; n'est pas proférée de manière innocente. Les dangers qui pèsent sur les salariés du privé, émanent principalement de certains patrons de "droit divin" qui violent au quotidien les droits les plus élémentaires du travailleur. Le chantage à l'emploi, la menace du licendement, tout cela constitue le lot journalier d'une partie du monde du travail. Ceux qui se proposent d'affronter violemment les travailleurs rêvent de copier leurs homologues, qui de part le monde ont réduits les salaires et les droits des salariés à leur plus simple expression. Ils font le choix délibéré de commettre une injustice supplémentaire en prenant toute une population en otage, dans l'espoir à peine dissimulé de voir celle-ci se retourner contre les grévistes. Ils essayent d'entraîner dans leur sillage des artisans, des petits employeurs, des paysans ruinés par un système dont ils sont les promoteurs. Il est paradoxal de voir des travailleurs indépendants faire grève avec les grandes surfaces et les banques. Les étrangleurs et les étranglés bras dessus- bras dessous, c'est un bien curieux spectacle I

Mais la formidable leçon que nous apporte ce conflit, c'est le poids écrasant du salariat dans notre pays.

Alors que les élus sont totalement absents d'un débat essentiel ( plus soucieux de ne pas s'aliéner les uns et les autres, que de construire notre pays ), les travailleurs montrent qui sont les véritables leviers de l'économie corse. 

Dés que les salariés stoppent leur activité, tout s'arrête, dès que les salariés se mettent en mouvement les exploiteurs s'inquiètent. Pourtant ce grand conflit, cette grande dépense d'énergie pour une revendication légitime mais partielle, montre ses limites. D'autant plus que les gains acquis seront ponctionnés par de nouvelles taxes, impôts et hausses des prix.

Alors que les élus se terrent, que le grand patronat est sur la défensive, que les salariés font montre de leur incontestable supériorité numérique, qu'ils occupent une place stratégique dans la société Corse, alors peut être faudrait-il imaginer se que donnerait une traduction politique de cette réalité.

Une traduction politique qui pourrait se faire naturellement en alliance avec les petits commerçants et artisans, avec les paysans qui sont tous victimes d'un système qui nous brise. Une logique politique qui ne serait en fin de compte que l'application du droit démocratique de la majorité.

 

TESTA MORA è FIORE ROSSU