LA CORSE TERRE DE MALHEUR EN MEDITERRANNEE ?

Par Saveriu di Soriani

Dans l'opinion française la Corse a une image terriblement négative. A quoi cela tient-il ? La perpétuation d'un retard économique, malgré les interventions politiques et économiques de la France, semble confirmer cette image pervertie. Il semblerai que chez nous, toutes les pathologies se multiplieraient. Devenant un boulet insurmontable, la Corse serait le contrepoids négatif de la France. Alors que cette dernière tirerait vers le haut, vers le Nord, notre île, elle, tirerait vers le bas ! Au sein de la rhétorique de la modernité, il n'y aurait en Méditerranée pas de salut, comme une impossibilité de se libérer d'une symbolique maudite.

L'unique image acceptable est celle, véhiculée par le tourisme. Quelle affaire ! Des splendides panoramas, des collines d'oliviers qui se jettent dans la mer, des plages de vacances où les troupes disciplinées pendant les autres mois vont s'octroyer un moment de liberté, de soleil, de redécouverte de la nature et du corps. Tout au plus la bouffée d'air accordée comme une compensation à une vie étouffée toute l'année par un travail sans pores et sans respiration. Les croisières, les aventures, les nuits chaudes en plein air. Cette Méditerranée des vacances est la seule admise et la seule acceptée.

Avec une perverse complémentarité des deux aspects, avalisée et racontée aussi par les faits (les assassinats récents d'Isula Rossa) la Corse est un paradis habité par des diables : les nationalises maffieux, assassins, préfecticides, où la beauté du paysage, vécue comme un don divin, pousse ces méridionaux à se croire parfaits et à empirer sans trêve (c'est ce que dit à propos des Siciliens, d'autres insulaires méditerranéens, dans le grand dialogue avec un fonctionnaire piémontais, le protagoniste du Guépard, le marquis de Salina). Les présupposés littéraires de nos écrivains français : Flaubert ou Mérimée certes de grand talent, étaient déjà tout aussi dénégatoires parce qu'ils anticipaient cette parodie désespérée, ce stéréotype négatif. Bref l'idée que notre terre est un pays de sauvage a la vie dure. " Ulysse " écrit l'auteur italien Raffaele La Capria " est l'exemple le plus parfait de l'homme méditerranéen. Nous, méditerranéens descendants d'Ulysse, sommes en réalité, comme lui, navigateurs de petit cabotage. Dix ans pour arriver à Ithaque ! ". Le sud, avec ses vieilles racines méditerranéennes est donc une bataille perdue, un lieu destiné à pourrir. Le soupçon d'une moralité douteuse y est commode, la fuite est en l'unique thérapie, le désespoir, le pain quotidien !

Les références à la Méditerranée qui ne sont pas marquées par cette empreinte négative sont rares et vagues ; quand on les rencontre, spécialement chez les poètes, elles sont toujours transfigurées par les images de la tradition classique ou par la nostalgie d'une enfance personnelle totalement imaginaire (Quasimodo et Saba) ou bien elles deviennent un des nombreux reflets d'un mal de vivre du vingtième siècle comme chez Angelo Rinaldi, une métaphore de l'immensité où se reflète notre nullité.

La Méditerranée positive n'a réussit à parvenir jusqu'aux yeux de l'opinion publique qu'au travers de la solidarité avec le FLN algérien ou, plus tard, avec les Palestiniens après la guerre du Kippour. Mais il s'agissait d'une solidarité internationaliste, avec des peuples parce qu'ils luttaient pour une indépendance légitime, alors que la lutte politique des patriotes Corses d'aujourd'hui ces profiteurs éhontés ne seraient qu'une surenchère de plus vers la captation inique de subventions.

Ainsi au-delà de ses rencontres militantes, nobles, importantes, mais marginales, la Méditerranée en générale et la Corse en particulier continuent d'être une référence uniquement négative, quelque chose de troublant, d'incompréhensible …

Ce constat est désespérant. Mais comme le désespoir est mauvais conseiller, il justifie que l'on s'engage à restaurer cette image infirmée en rétablissant dans notre pays la démocratie qui n'y a existée que sous la très brève république Paoline. Faut-il rappeler que ce moins mauvais gouvernement des hommes est né dans l'antiquité méditerranéenne ! Que l'on cesse donc de nous traiter comme des mauvais élèves, notre peuple n'en peu plus d'attendre, il récuse le malheur, il revendique son droit au bonheur !

Cet exaltant dessein est le combat essentiel de la Manca Naziunale. Les patriotes progressistes qui la construisent chaque jour savent que dans une société ou personne ne peut plus être reconnu par les autres, chaque individu devient incapable de reconnaître sa propre réalité. Ce malheur là ils veulent l'abroger !

 

Le 11 septembre 2000