LES TRIBULATIONS HIVERNALES DU TRANPORT MARITIME.

Une enquête réalisée par la rédaction du cyber- journal A STANTARA.


Parvenus tous deux à l’âge de quatre vingt ans, un couple de retraité, n’ayant toujours pas renoncé à se déplacer à sa guise, décide de quitter le village pour passer les fêtes de fin d’année à Toulon. Bien sur ce n’est pas l’Odyssée qui s’annonce, tout juste un petit saut de puce au dessus des flots. Quelques quinze jours par avance nos deux octogénaires décident de réserver leurs billets afin d’embarquer leur véhicule et leurs augustes personnes en évitant la bonne ville de Marseille, puisqu’il leur est dit que désormais une compagnie assure la liaison entre Aiacciu et Toulon. Afin de choisir en toute quiétude le jour de leur départ, ils font ce que font tous les voyageurs quelque peu prévoyants en se rendant dans une agence spécialisée. Là un document, ou la couleur jaune domine, édité par la Corsica et Sardinia –Ferries leur est aimablement donné. Après une lecture soigneuse, ils décident de fixer au Mercredi 14 Novembre 2001 la date de ce voyage, le bateau part à 15h et son arrivée à Toulon est annoncée (sauf conditions météorologiques particulières) à 20h30. Cela devrait leur permettre de ne pas tomber en période de pointe et de se rendre dans le Var ou résident une partie de leurs enfants. Le village étant à quelques cinquante kilomètres d’Aiacciu, ils confient à un de leurs proches résidant en cette bonne ville l’achat du billet. Le mari, seul chauffeur potentiel, ne sentant pas de parcourir en cette saison les routes de montagne, ils décident de demander à ce proche parent de venir les chercher pour les conduire le jour prévu au bateau. Chacun prend donc ses dispositions et tout devrait s’articuler sans difficultés majeures.

Une semaine avant le départ, leur proche parent se rend dans une agence et demande à acheter les places pour deux personnes et un véhicule pour le Mercredi 14 Novembre 2001. L’employée fort aimable se penche sur l’écran de son ordinateur, tapote fort professionnellement sur le clavier, fronce un peu les sourcils et sans se départir d’un très joli sourire, annonce à notre brave homme qu’il n’y a pas de départ à cette date. Le monsieur sur de son fait, extrait de sa poche le fascicule édité par la Corisica&Sardinia-Ferries, ouvre la page au mois et au jour dont il est question, le présente à la dame et lui fait remarquer très gentiment que le bateau, l’heure et je jour y sont dûment précisés. La jeune personne nullement décontenancée lui rétorque qu’il s’agit en l’occurrence de l’ancien document et que le nouveau propose d’autres dates, jours et heures de rotation, et puis les prix sont notés en Euros, ce qui explique l’édition du document désormais en cours, en lieu et place du précédent document.

En haut la grille de la plaquette en francs / En bas celle de la plaquette en euros

Après concertation avec les intéressés, les dates furent donc modifiées et les emplois du temps de tous les protagonistes quelque peu bousculés. Un peu remonté, ce monsieur prit toutefois le temps de joindre le siège social de cette compagnie maritime afin de s’enquérir des raisons de ces changements non annoncés. Il lui fut sobrement répondu, que le passage à la monnaie unique Européenne exigeait que l’on produise désormais des documents ou figurent en Euros les tarifs proposés. Certes mais cela n’expliquant toujours pas les changements de dates, de jours et d’heure sur certaines destinations, ce monsieur se permit d’insister en précisant qu’aucune communication publique n’ayant été faite, cela posait pour les usagers détenteurs de l’ancien document d’éventuels problèmes. Ce fut en pure perte de temps car invariablement la même réponse lui fut assenée. Contactée par les soins de ce brave homme notre rédaction s’est penchée sur le sujet, voilà les résultats de nos recherches.

 

Les explications de Monsieur Pierre MATTEI, directeur général de la Corsica&Sardinia Ferries, le mardi 13 Novembre à 17h30.


A Stantara : Nous venons d’être contactés par une personne qui s’étonne de la parution d’un fascicule édité par votre compagnie en lieu et place d’un précédent document. Jusque là rien de très particulier si ce n’est que couvrant en partie les mêmes périodes, on peut facilement constater des modifications qui touchent aux heures de départ, aux jours et dans un cas à une destination. L’examen comparatif des deux programmes fait apparaître notamment des changements plus que substantiels sur la ligne Toulon-Aiacciu. Ce n’est qu’en se rendant à l’agence de voyage que la personne concernée a pu se rendre compte du changement qui la concernait, si comme c’est parfois le cas, les voyageurs s’étaient rendus directement sur les quais pour prendre le billet quelques heures avant le départ, ils en auraient été pour leur déplacement, ignorants qu’ils étaient des modifications faites. Etes vous au courant de ces changements ? Et dans l’affirmative avez vous procédé à une campagne d’information auprès d’un large public ? Une de vos employées nous a déjà dit qu’il s’agissait d’un fascicule ou les tarifs étaient indiqués en Euros, ce qui expliquait selon ses propos sa parution en lieu et place du précédent. Cela n’explique pas pour autant des suppressions de rotation et des changements comme sur la ligne Isula-Rossa/Nice qui devient Calvi.Nice. Le passage à la monnaie unique Européenne ne peut dans ce cas tout justifier.


Mr Pierre MATTEI : Les modifications viennent pour partie de difficultés matérielles que nous avons eu. Quelques problèmes sans gravité sur des bateaux, ce qui arrive au cours d’une saison à toutes les compagnies. En procédant comme nous l’avons fait, nous répondons donc à des impératifs techniques qui ont un impact réduit, certes, mais un impact tout de même sur notre organisation. De surcroît, je tiens à vous dire qu’une campagne de communication engagée par nos soins c’est traduite par la distribution du nouveau programme horaire dans toutes les boîtes aux lettres de Bastia et Aiacciu, comme vous avez pu s’en doute le constater. Au niveau des agences, je peux vous certifier que l’opération de substitution s’est déroulée sans difficultés, de là à vous affirmer que les trois mille agences concernées ont dans leur totalité le nouveau programme, c’est bien sur un élément que je ne eux vérifier. Les agences de Corse sont toutes parfaitement au courant. Au cas fort improbable ou une erreur de transmission aurait pu intervenir, sachez que la réservation par le système informatique n’aurait elle pas laissé passer une réservation erronée. Pour ce qui est du port d’Isula Rossa, la réponse est simple, la taille de notre bateau, trop importante, ne nous permettait pas d’y accéder, voilà la raison du déplacement vers Calvi ou l’opération d’accostage était réalisable. Je tiens à vous dire que nos concurrents agissent comme nous pour ce qui est de la programmation annuelle et des changements qu’ils sont amenés à faire. Nous ne pouvons plus, comme nous le faisions, produire des programmes à l’année, l’expérience prouve que cela n’est pas possible compte tenu de divers facteurs. Je vous le confirme toutes les compagnies font de même.


A Stantara : Au niveau de certaines agences contactées par nos soins, on ne peut pas dire que la communication est parfaitement suivie mais en admettant que cela ne soit pas de votre ressort, comment expliquez vous que le journal Nice-Matin qui informe ses lecteurs sur touts les arrivées et les départs, ferroviaires, maritimes et aériens, ne soit pas au fait de vos modifications ?


Mr Pierre MATTEI : Encore une fois nous ne sommes pas comptables de ce qui se passe au niveau des agences. Pour Nice Matin, ce n’est pas auprès de nous qu’ils prennent leurs renseignements, mais en contactant les capitaineries et les tours de contrôle, ce qui leur permet d’avoir les départs réels et confirmés.


A Stantara : Nous tenons à vous informer que vos réponses retranscrites avec le maximum de précisions seront publiées sur notre site. Fin de la communication.

 


Conclusion et commentaires :


Si l’on peut saluer la facilité d’accès du directeur général de la compagnie, autre chose est de saluer l’opération effectuée par celle-ci. Nous avons vérifié soigneusement les programmes d’autres compagnies maritimes. Celles liées par convention avec l’office des transports se doivent de répondre aux obligations d’un cahier des charges qui excluent clairement de telles modifications. Au contraire le principe de régularité figure comme une exigence majeure. Il est vrai que les directions de certaines entités, ne se privent pas de tenter des ajustements en fonction de leurs seuls critères. La liaison Bunifaziu-Santa Teresa di Gallura en est hélas un exemple à ne pas suivre. Nous avons le sentiment (voir les documents) que se sont dans les faits, les périodes hivernales qui sont seules concernées. Le volume en fret et en passagers y est moindre que sur les périodes estivales et il est manifeste que la gestion d’une compagnie privée, jouant à fond les règles du marché et donc celles imposées par une concurrence de tous les instants, implique des réorientations, ce que les " managers " nomment des adaptations au marché. De fait, Mr Mattei, a bien organisé une communication, mais uniquement sur les grands bassins de population, ce qui demeure logique pour les préoccupations qui sont les siennes. Mais " Quid " des zones moins peuplées et plus excentrées ?

L’égalité devant le service prétendument rendu est totalement mise à mal. A l’heure ou un bras de fer juridique oppose la compagnie Corsica&Sardinia Ferries aux instances de la collectivité Territoriale, nous trouvons les arguments de celles-ci de peu de consistance. Une communication basée sur des publicités très ciblées et très agressives ne saurait en aucun cas garantir les missions de services publics dont notre pays a un besoin vital. Des rotations supprimées, d’autres modifiées en lieu et en heure, surtout en saison hivernale, cela sent le prix payé à une compétition de tous les instants et il n’est absolument pas normal que le voyageur y soit soumis. La direction de la SNCM s’est rarement préoccupée des souhaits de notre communauté et l’utilisation de l’enveloppe dite, de continuité territoriale, fut maintes fois l’objet de polémiques et de conflits. Certes, la solution n’est donc pas de se satisfaire, par défaut, de la maîtrise de nos transports maritimes par cette compagnie. Comme il ne peut être question que de se plier aux injonctions de la commission de Bruxelles qui ne jure que par la mise en concurrence et la déréglementation. Seule une compagnie régionale de service public serait donc à même de répondre à nos besoins d’aujourd’hui et aux nécessaires initiatives à venir. L’argent public, celui de tous les Corses, doit garantir ce droit imprescriptible à des transports de qualité et devrait permettre un accès fondé sur une vraie démocratie sociale. Le droit à des transports collectifs ouverts à toutes et à tous, n’est pas soluble dans l’économie de marché, n’en déplaise aux actionnaires des compagnies privées et à leurs amis qui sur les bancs de la Collectivité Territoriale ne jurent plus que par le Tout Tourisme, et les plus values.


Aiacciu Nuvembre 2001.