
OSONS !!!
Le monde clos des rédactions n'aime pas la critique, particulièrement lorsqu'elle émane de mouvements politiques, syndicaux ou associatifs, encore insoumis. Par le truchement de quelques tabous bien ancrés, les professionnels de l'information sont de toutes les façons relativement épargnés. En effet, même les éléments parmi les plus virulents se gardent-ils bien de formuler, ne serait ce que de timides remarques à l'encontre du pouvoir médiatique. C'est que la peur tenaille les consciences. Peur ou crainte d'être assimilés au camp de l'intolérance, antichambre de toutes les dictatures. Et il est acquis, toujours au nom de la mauvaise conscience universelle, que seuls les despotes en puissance s'arrogent le droit de contester la presse et surtout, celles et ceux qui la font. La vraie gauche muselée par ce subtil verrou laisse le champ libre à une droite multiforme, qui elle, n'a pas à se préoccuper de ces candides pudeurs.
En effet la mosaïque capitaliste sait, idéologiquement, pouvoir compter sur de nombreux affidés, lesquels totalement acquis au dogme libéral, distillent sans vergogne ses thèmes récurrents. Thèmes propres à la contre révolution libérale dont l'unique Credo peut se résumer ainsi: <<hors du marché, point de salut>>.
Financièrement elle possède de plus les moyens, soit de communiquer via les divers supports médiatiques qu'elle contrôle directement, soit de peser sur les médias du service public ou ce qu'il en reste. Et si ces déjà considérables arguments n'y suffisaient pas, alors peut-elle escompter sur les syndicats majoritaires au sein de la profession, syndicats qui sont à la vérité ce que la charité chrétienne est à la misère: une insulte permanente. Le monde de la fortune ne tolère donc pas d'autres expressions que celles de sa curie, aidé il est vrai en cela par le camp social-libéral, ersatz pitoyable d'une social démocratie totalement en déroute. Le gant de fer du marché a donc garrotté le monde de la presse et le service public de l'information est désormais sous son influence. La parole confisquée du monde du travail est de moins en moins audible et lorsqu'elle franchit miraculeusement les portes du sérail médiatique, il n'en reste plus qu'un balbutiement difficilement compréhensible, à la limite extrême d'une grossière caricature.
Alors; Osons! Car nous n'encourons pas le risque de déplaire, nous ne sommes pas des courtisans. Il suffit! Le mépris, la suffisance, la raillerie plus ou moins subtile. Tout cela doit cesser. Rien ne nous oblige à consommer des publicités entre-coupées de quelques articles. Personne ne peut non plus nous contraindre à ingurgiter les programmes cryptés de chaînes plus ou moins branchées. Mais nous pouvons extirper le service public des mains de ses prédateurs. Pour cela, il faut une bonne dose de volonté et un soupçon de ténacité. Volonté et fermeté, lorsque nous dirons aux salariés des médias de l'audiovisuel: << En ne disant rien des flagrantes injustices que vous ne manquez pas de voir, vous vous rendez complices. En acceptant de voir votre métier réduit à sa plus simple expression, vous vous rendez coupables de non assistance à information en danger. En participant directement ou par omission à des agressions contre les consciences, vous participez à l'instauration de la dictature de l'argent >>
De la ténacité, il nous en faudra car la riposte sera impitoyable. L'accès aux micros ou aux écrans sera pendant un temps totalement impossible. Des directions en passant par les rédactions la levée de boucliers s'exercera en un même élan unanime. Et puis les murs des bunkers se lézarderont. Passé le cap des susceptibilités quelque peu froissées, les voix s'élèveront au sein de la bête. Réactions légitimes de celles et ceux qui vivent la précarité et l'étouffement.
Car cela aussi nous ne l'ignorons point. Nous savons le sort réservé à celles et ceux qui sous le joug de contrats fournissent l'essentiel du travail. Comme nous ne pouvons pas taire plus longtemps le fait que des journalistes toujours férus d'investigations et d'analyses soient maintenus sous le boisseau.
Osons donc dire qu'ici, sur la terre Corse, des pouvoirs ont muselé l'information. Pouvoir exorbitant d'un ministre (Léotard) qui décapita en son temps la rédaction de France 3. Pouvoirs occultes, cocktail antidémocratique ou s'entremêlent des obédiences plus ou moins éclairées et des clans installés. Pouvoirs enfin de clans en devenir. Et que l'on cesse de nous rebattre les oreilles à coup d'arguments fallacieux. Tantôt invoqué t'on une désorganisation permanente, tantôt veut-on nous avancer l'incompétence de tel ou tel "collègue". Quelles méprisables et écoeurantes gesticulations. Tout juste pourrions nous constater faute de l'admettre, que d'aucuns sacrifient tout sur l'autel d'une douillette et confortable quiétude.
Osons donc braver le nouvel ordre en marche. Celui des princes sur le retour ou des fils de petits potentats. Osons défier l'ordre tentaculaire. L'ordre enfin, d'une pseudo intelligentsia qui fournit à la prédation libérale un paravent identitaire.
Osons la justice contre les passe droit. Osons le peuple Corse contre les grosses coupures. Osons la dignité.