
QUELQUES REFLEXIONS SUR
LES QUESTIONS CORSE D'AUJOURD'HUI
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LA CORSE EST UN POIL A GRATTER !
Pour l'opinion publique française les turpitudes que la Corse exprime aujourd'hui sont les éclats d'obscures luttes archaïques, tribales mêmes. D'incompréhensibles soubresauts, signes avants coureurs d'une bogue politique inquiétant, prêts à contaminer une nouvelle Calédonie toute proche, ici en méditerranée
Pourquoi donc en cette fin de millénaire les questions d'identités, de langues de cultures feraient de la Corse, un Kosovo sanguinaire, de ses nationalistes, des clandestins desperados organisés en bandes armées ? Ces idées là, ces individus là, surgiraient soudain comme ca dans une France socialiste, démocrate, patrie des droits de l'homme
Allons donc, Ils veulent l'indépendance, mais qu'on leur donne. Je m'enfoutisme franchouillard, arrogance hautaine, ou incapacité à comprendre? Probablement tout à la fois
La Corse certes c'est compliqué, mais la France ce n'est pas si simple. Le clientélisme y règne aussi, l 'aveuglement des lumières y est aussi flamboyant, la démocratie parfois tout aussi incertaine, la justice souvent engluée, les politiques quelque fois corrompues. Bref la république se démange, et en Corse tout le monde le sait. Cela se dit dans une langue d'un autre bois, mais ce n'est pas la loi du silence qui y domine mais le silence de la loi. Nous n'inventons rien, tout cela c 'est la France qui le dit. Deux rapports parlementaires qui racontent le non droit, un préfet incendiaire, des élus clanistes, bref, la Corse dérive, la République s'enlise, le peuple lui, las des inconséquences, espère toujours, pour combien de temps encore ?
Les aléas de l'histoire depuis la fin du 18ieme siècle, ont fait des Corses des citoyens français particuliers, libres et contraints en même temps. Les valeureux instituteurs de la République ont certes donné leurs chances aux compatriotes de Pasquale Paoli, tandis que la république de Gênes vendait à la monarchie française ses indigènes indomptables. Deux cent cinquante ans de francisation pourtant n'ont pas réussit à empêcher un Corse de se sentir Corse d'abord, même s'il ne sait presque plus parler sa langue, même si sur Internet - très développé dans l'île - il s'évertue à apostropher l'univers dans la langue de Bill Gates !
En quoi la reconnaissance de cet homo sapiens là menace t'elle l'unicité et l'indivisibilité de la République ? Absurde non !
Et puis parce que plus personne n'y comprend rien, nous, de la diaspora, lassés de ces quiproquos, pensons que nous devons à notre peuple l'ouverture de failles en notre monolithe de granite tellement aimé, car il lui faut discerner dans l'avenir, comme au mégalithique jadis, des raisons d'espérer. Pour exister, tout simplement .
QUELLE RECONCILIATION ?
Quand un Premier ministre, pose comme préalable à une discussion avec des citoyens corses, le renoncement à la violence, c'est qu'il nie aux problèmes de l'île toute leur dimension politique. Se faisant, il délègue à son ministre de l'intérieur la résolution de basses tâches de maintien de l'ordre. Ce fut le cas naguères en Algérie ; on connaît la suite
Le meurtre d'un préfet, la mise en examen de son successeur, des attentats, tout cela implique pour un Etat démocratique, nécessairement une réplique policière et judiciaire, voire répressive. Mais ce n'est pas faire montre de laxisme à l'égard d'un terrorisme embryonnaire que de vérifier que de la sorte on s'apprête au pire. Marginaliser d'avantage encore des incontrôlés privés de débouchés dans le plein jour de la démocratie, refuser obstinément un débat sur l'avenir de la Corse c'etaient faire le jeu d'intégristes complices, comme se fut le cas du côte de Tralunca
Il semblerait que certains responsables socialistes français aient compris l'impasse d 'une telle politique.
La violence insupportable est d'avantage le symptôme d'une Corse qui interpelle la nation française sur sa façon de se défausser de ses incompétences dans l'île-, plus qu'une que l'éclosion d'une maladie chronique qui, entre l'île et le continent, dans le fond appelle en fait à l'invention d'une politique nouvelle, conçue sur la volonté partagée de vivre en bonne intelligence.
Pour échapper à la spirale de la violence et à son corollaire l'arbitraire, il n'y avait qu'une une issue, la discussion ouverte et transparente. Sur quoi débouchera t elle ? Des élections, probablement pas, de toute façon, un plébiscite aujourd'hui ne donnerais pas à la Corse son indépendance. Mais une politique absurde et sourde au vacarme à venir n'en finirais pas de despérer les forces vives et libres les jetant dans les bras des pires nationalistes qui soient. Ceux qui nantis de sacro-saints principes de l'identité nationale sont prêts a accueillir à bras ouvert les plus offrants des cartels maffieux supranationaux.
Si tel etait le cas la République Française reproduirait ainsi ce vil acte commercial à rebours que Voltaire dénonçait le 15 mai 1768 : "Ainsi, en cédant la vaine et fatale souveraineté d'un Pays qui lui était à charge, Gênes faisait en effet un bon marché ; Et le Roi de France en faisait un meilleur. Il restait à savoir si les hommes ont le droit de vendre d'autres hommes ; mais c'est une question que l'on n'examinera jamais dans aucun traité. "
Cette politique de dialogue que semble vouloir proposer le gouvernement de la France n'est pas est une démarche surprenante, et les forces vives de l'île doivent saisir l'occasion de se faire entendre. Sinon, c'est qu'elles acceptent de n'être représentées par le clan. Il faut donc aller parler à Paris, mais en ayant présent à l'esprit que l'avenir de la Corse libre passe par la légitimité politique de son combat. Les Corses ne sont pas étrangers aux évidences d'un siècle tout proche où les réalités économiques sont nécessairement infirmées par les volontés des peuples. Et a Seattle ces jour ci d'une certaine façon ils se sont fait entendre à défaut de se faire écouter. Le peuple Corse lui aussi, est partie prenante de cette lutte là, ses postiers, ses personnels naviguant, ses agriculteurs, sont solidaires des peuples du Sud qui récusent les pouvoirs égoïstes et prédateurs des nanties de l'OMC
A Matignon, les invitées auront- ils présent à l'esprit ces préoccupations ? Sinon, le voyage n'aura servir à rien, sauf peut-être à enrayer provisoirement, malheureusement, cette violence brune qu'en Irlande on vient tout juste d'abandonner, semble t il.
EN CORSE IL N'Y A PAS QUE DES PROBLEMES D'ORDRE PUBLIC !
La question corse n'est pas seulement une question d'ordre public elle est avant tout une question, politique ? C 'est cette idée là qu'il convient d'expliquer aux jacobins français obsolètes.
Avec arrogance, ils préjugent que les droit de l'homme et les idées des lumières qu'ils auraient inventées, ils seraient seuls à vouloir les rétablir dans l'île de beauté. Ils s'obstinent à ne pas voir que le peuple Corse, son avant garde en tout cas, revendique une liberté légitime qui s'ouvre sur l'avenir. Certes ses forces vives s'expriment avec inexpérience, parfois exagérément, travesties qu'elles sont du complexe méditerranéen de l' impérialisé. Les irresponsabilités de ces avatars là il convient de les dénoncer sans cesse, mais sans omettre d'exorciser ce qui y est réactionnel, pire réactionnaire !
Non l'ensemble des Corses, nous voulons dire l'ensemble des êtres qui vivent sur leur terre ne sont pas des terroristes assistés qui vivraient au crochet des contribuables français.
Cette image fausse il faut l'invalider car elle alimente les pires folies réactionnaires. La réalité aujourd'hui est capable de convaincre et d'entraîner des volontés positives et salutaires à l'ensemble des insulaires, c'est le pari bien peu risqué que nos faisons.
S'ils se reconnaissent comme Corses c'est qu'ils aspirent à partager une communauté de destin qui se fonde sur les traditions et particularités de leur terre. Leur futur consiste à mettre en commun leurs compétences présentes pour construire sur leur région historique un avenir meilleur. Quoi de plus naturel ? Quoi de plus positif !
Ce peuple là aspire à mieux communiquer avec le monde moderne sans renoncer en rien à ses valeurs historiques. Tous les citoyens libres du monde partagent largement cette attitude
Les Corses ne réclament que cela, c'est une revendication citoyenne, une aspiration d'essence politique, dans la plus noble acceptation du terme.
Aux plus violents il faut opposer ce précepte : la légitimité d'un Peuple authentique ne réside pas seulement dans son Histoire, ni dans les ovations qu'il fait à ses dirigeants, ni même dans les combats qu'il mène contre ces oppresseurs, mais dans le respect qu'il témoigne à la liberté des hommes qui le compose, à tous les hommes.
C'est ainsi qu'il deviendra possible de signifier à la République Française que les droits de l'homme ne lui viennent pas du divin fût t- il l'etre suprême de 93, mais qu'ils résultent des devoirs que les hommes ont envers les autres hommes, et qu'ils ne sont limités que par l'acceptation d'un pouvoir librement accepté. Le droit à la vie résulte du devoir de ne pas l'ôter. Même un incurable a droit à la vie, aux soins palliatifs au moins. Cette thérapeutique là, il faut encore espérer que la France ne dédaigne pas de l'appliquer, faute de quoi le patient n'y survivrait pas, pire il serait contagieux. En corse peut-être plus qu'ailleurs c'est la France qui soupire d'archaïsme. Voilà le message que clame le peuple Corse, et il faut être aussi borné et psychorigide qu'un proconsul pusillanime pour ne pas l'entendre.
L'ETAT NATION UNE ETAPE TRANSITOIRE ?
Reconquérir sa plénitude n'est pas se fermer au monde et Il ne s'agit pas de remplacer la main mise des clans sur l'opinion insulaire par une nouvelle oppression, celle des bandes armées incontrôlées qui voudraient arracher l'indépendance par la violence.
Bien au contraire, la revendication d'une l'identité propre peut être le seuil d'une ouverture, d'une coopération pleine et entière à une planète rapetissée et en train de se recomposer.
La Corse ancienne société, par la force même de sa géographie insulaire a souvent su pratiquer une entrée au monde, particulièrement quand débarrassée de l'occupant elle se sentait libre. Durant la seconde guerre mondiale, faut-il le rappeler, elle a etait le premier territoire à se libérer des occupants. Une Corse libre ne peut être qu'une Corse ouverte, humaniste, progressiste, si tant est que le progrès ne se fonde et ne se cultive que s'il est fortement enraciné. Au 18ieme siècle déjà la république Paoline en partageant du bien public inventait la démocratie.
Libérer la Corse, c'est libérer sa créativité politique vraie, celle à la quelle le peuple aspire. Les patriotes Corses ne se combattent pas pour ce jouet obsolète qu'est l'Etat Nation, concept du XIXème siècle, mais pour une forme nouvelle de démocratie : une communauté qui se choisit et jamais ne s'impose.
Aujourd'hui, l'étape transitoire d'Etat Nation ne saurait conduire que vers des modèles d'organisations plus larges, librement consenties, telles que des entités économico-culturelles de type " Europe du Sud ", continent Sud Américain, etc., fondés sur un respect mutuel et une vigilance à l'égard d'une hégémonie quelle qu'elle soit.
Dans ce contexte encore à inventer, la Corse a des atouts et des handicapes aussi. C 'est une île, physiologiquement conduite à trouver un équilibre entre l'isolationnisme, et, la perte de son identité, donc enclin à accueillir sans se perdre, fondée à recevoir les idées, les savoir-faire, les autres.
Le projet de promouvoir en Corse un axe - recherche, culture, environnement - prenant appuis sur le déploiement des nouvelles technologies associées à des conditions de travail et d'accueil uniques, est une alternative exceptionnelle à la trilogie néoliberale - tout tourisme, betonisation, pollution - qui menace grandement l'équilibre environnemental et qu'ont indirectement sauvegardés les plus extrémistes des activistes.
Assurément, ces exigences ont force d'utopies, mais on rétorquera que les luttes politiques victorieuses sont celles qui ont su s'imaginer aussi, sur des visions ambitieuses et étendues.
Le désespoir est la personnification des faibles, la Corse est forte et c'est dans l'espérance de lendemains meilleurs qu'elle construira les principes de sa refondation.
LANGUE ET DEMOCRATIE !
SANS CONCORDE LA DEMOCRATIE PEUT DEVENIR TOTALITAIRE,
UN EXEMPLE, LA LANGUE CORSE DOIT ELLE DEVENIR OBLIGATOIRE ?
Le corse doit- il devenir la lange officielle et son enseignement obligatoire ?
Se poser cette question c'est réfléchir à l'avenir de la Corse comme nation sereine adulte et reconnue. Notre langue, aspect fondamental de notre culture doit devenir aussi un outil de démocratie et non d'exclusion.
La menace d'érosion à laquelle elle doit faire face est telle, que son enseignement obligatoire semble être le seul recours à son naufrage. Ainsi, on pourrait penser que la situation de domination culturelle dont elle souffre, puisse réclamer l'instauration d'un principe de - discrimination positive &endash; comme le recours à un mal nécessaire.
L'application des mesures fortement incitatives à son développement ; son enseignement obligatoire de la maternelle à l'université, permettront-ils de restaurer sa pérennité? C 'est une espérance largement partagée en Corse, mais préoccupante pour les progressistes sincères.
En effet, considérée par certains comme la langue nationale unique du peuple Corse, la revendication de son caractère obligatoire mais surtout de son officialité n'est-t-elle pas, par son exclusive, une piteuse arme idéologique pour la conquête du pouvoir par des factions qui s'estimeraient les seuls vrais garants de l'avenir de la communauté Corse tout entière ? De cet intégrisme là il convient de se défier car qu' adviendrait- il alors de l'égalité pour ceux qui, participant aux destinées de l'île, ne pratiqueraient d'autre langue que le français ? Vivra t-on alors sous un régime à tendance totalitaire qui au détriment de l'individu accordera la suprématie à la Communauté?
Devrait-on sacrifier à la Nation certains droits légitimes de citoyens partageant cette communauté de destin, partie intégrante du peuple Corse ?
Un tel totalitarisme résulterait alors d'une conception qui ferait d'une loi fondée sur la volonté de la majorité, une oppression risquant de sacrifier les intérêts tout aussi légitimes des minorités. La loi de la majorité ne peut s'appliquer que si elle est une loi de concorde, autrement elle est une loi dictatoriale. Pour qu'il y ait concorde, il faut que toutes les minorités puissent s'organiser dans la liberté, tout en restant attachées au respect des règles supérieures d'une nation démocratiquement organisée.
Ainsi l'avenir de la Corse ne s'accomplira pleinement que dans un régime de partage égal, démocratique, librement revendiqué par tous, respectant les différences culturelles, toutes les différences.
Dans cette Patrie à recouvrer tous les citoyens devront être égaux, et il y est inconcevable qu'un non corsophone ne puisse pas y manifester sa différence sous le prétexte qu'elle serait un danger pour l'unité nationale. Ce rajustement élémentaire, mais combien nécessaire doit être une préoccupation constante, car chez nous, peut être plus qu'ailleurs des le Pen et Megret pourraient bien continuer à se faire la guerre. Nous avons déjà vu de semblables individus pratiquer le talibanisme, et pire encore, les velléités de la purification ethnique. En Corse comme partout la vraie démocratie sait que chaque matin qui se lève est une leçon de courage !