
VERGOGNA À NOI CHÌ LASCEMU
BRUSGIÀ A NOSTRA TERRA*
Comme chaque année, la Corse est en proie à la folie incendiaire, folie d'autant plus démesurée qu'elle en sera fatalement un jour plus meurtrière. Il aura fallut que tant de jeunes meurent sur les routes de l'île pour que l'on réfléchisse à l'amélioration du réseau routier, il aura fallut la terrible catastrophe de Furiani pour que l'on donne des tribunes décentes à un public; les malheureux touristes italiens, les valeureux pompiers, décédés dans le Cap Corse ou sur d'autres incendies n'ont semble-t-il pas suffit à réveiller nos consciences. Comme si les pluies d'automne faisant pousser le pâturage sur les terres brûlées, effaçaient d'un trait les meurtrissures estivales de nos mémoires. Nous pouvons pleurer sur la soudaineté d'un tremblement de terre en Turquie, nous ne pouvons plus pleurer sur ce désastre écologique qui nous touche chaque année tant il semble programmé.
Comme chaque année, les questions fusent. De la responsabilité collective à la responsabilité individuelle, qu'elle soit politique, agricole, pyromaniaque, tout y passe. Il serait grand temps que nous prenions tous ensemble ce problème à bras le corps, que nous soutenions, non pas en paroles mais en actes, ceux qui, professionnels ou non, associatifs, culturels mettent tout en uvre pour contrer ce fléau.
Notre responsabilité citoyenne se doit de demander des comptes à nos politiques, de quelques bords soient-ils, et leur faire comprendre que le problème des incendies n'est pas simplement le fait de quelques inconscients mais qu'il est éminemment le résultat de politiques inexistantes en matière d'occupation de l'espace rural, de développement agricole, de redynamisation de nos villages et du potentiel humain qui s'y trouve.
En effet, où sont les programmes de reboisement des zones incendiées ? Il n'y a plus un arbre du Boziu à la Balagna, de Caccia au Casaconi. La filière bois et son développement véritable ne serait-elle pas un « contrafocu » important.
Où sont la politique agricole et les soutiens logistiques aux éleveurs ? Ne vaudrait-il pas mieux programmer un démaquisage par les forestiers sapeurs sur une exploitation plutôt que d'attendre et prier pour que l'éleveur ne devienne au premier coup de vent cet incendiaire redouté ?
Où est la véritable réflexion sur les moyens de lutte mis en place qui a fait abandonner le maintien des Hélicoptères Bombardiers d'Eau pour l'attaque des feux naissants au bénéfice des Trackers moins efficaces et plus coûteux à la mise en uvre dans notre relief ? Peut-être ce choix a-t-il été dicté par d'autres intéréts que celui de la lutte contre les incendies. Nous espérons bien sûr nous tromper.
Les 100 m2 de la paillote « Chez Francis » font toujours couler beaucoup d'encre. Chacun y va de sa véhémence contre l'Etat et contre les responsables de cet acte. Aurons nous la même efficacité contre nos incendiaires (car il s'agit bien des nôtres) et contre le système politico-lasciacoriste qui prône en Corse et qui est si muet malgré les déjà quelques 7011 ha ruinés de notre terre, de notre patrimoine, de notre vie.
Il est grand temps que le choix de la sauvegarde de notre patrimoine naturel soit à l'ordre du jour de nos réflexions communes. Du littoral aux montagnes, ce patrimoine peut générer une véritable économie, le potentiel existe, les projets dans plusieurs domaines peuvent être réalisés et favoriser ainsi un lendemain serein pour nos enfants. Il faut pour cela cesser d'incendier la loi littoral ( la spéculation immobilière ayant été en son temps à l'origine de bon nombre d'incendies), d'incendier nos forêts, d'incendier notre cadre de vie. Il faut pour cela, mettre tout en uvre pour que notre ruralité soit synonyme de réussite, de travail, de dignité et non d'abandon et de terre délaissée.
Nous en appelons à tous pour qu'aujourd'hui, chacun à son degré, nous réunissions nos forces au sein des associations de défense de l'environnement, au sein des comités communaux de feux de forêts afin que, par le collectif ou l'individuel, nous pesions sur nos politiques aux affaires, sur les incendiaires, pour que demain notre île soit le théatre du développement et non celui de la désolation.