De l’usage de quelques approximations et de leurs origines : pour une réponse aux malveillants.


Depuis que le débat sur la loi dite "littoral " a pris quelque ampleur, un malaise semble miner les consciences de certains partis politiques et autres " personnalités ". Faute d’arguments à opposer aux associations et organisations qui demandent le maintien voire le renforcement de ces dispositions législatives, les adversaires de ces derniers ont désormais recours aux invectives les plus variées. " Khmers verts ! Intégristes ! Albanais !… ", voici donc un aperçu succinct du pauvre catalogue en usage du côté des zélateurs du béton et de la pelleteuse associés. Nous ne savions pas que l’appartenance au peuple Khmer pouvait valoir aux hommes et aux femmes qui la composent toute la sollicitude malveillante de quelques imbéciles patentés. Pas plus d’ailleurs que nous n’aurions pu penser, ne serait ce que quelques secondes, qu’ils se trouveraient nombres de crétins pour mettre sur un même plan l’écrivain Ismaël Kadaré et l’infâme dictateur Enver Hodja. Mais c’est hélas ainsi, et il est à redouter de la part de la maigre cohorte des ennemis de la loi " Littoral " d’autres insanités d’un identique calibre, ce qui souligne la propension de certains de ces malheureux, à ne ramener en permanence les échanges qu’au seul niveau de la fosse d’aisance. Au grand dam sûrement de celles et ceux qui ne sont pas convaincus du bien fondé de cette loi, ce qui de notre point de vue relève d’une profonde erreur, mais certainement pas d’une tare. S’interroger en toute bonne foi sur la pertinence de tel ou tel positionnement, formuler des avis ou émettre l’expression d’un doute, cela ne peut constituer à nos yeux un délit et encore moins un crime.


Tenter de favoriser l’accaparement de nos espaces collectifs, voilà par contre une velléité qui mérite une ferme riposte, tant il est vrai qu’il s’agit en l’espèce d’une agression perpétrée contre les espaces naturels, propriété inaliénable de tout un peuple. Qui fomente un mauvais coup doit s’attendre à une réaction, et c’est précisément à cette tâche que se sont attelés les associations de défense de l’environnement et les partis politiques qui composent le collectif de défense de la loi " Littoral " : des intégristes honnis par les champions du bulldozer et par les fanatiques des marines, les pieds dans l’eau s’entend. Faisons avant que de poursuivre un sort à ce vocable et à ceux qui, bien imprudemment, ont osé l’employer. Il est quand même un peu déplacé du côté de la droite néo-claniste et de quelques uns de leurs amis égarés au sein du nationalisme Corse que de recourir à un tel vocable. Qui passe donc son temps à n’en référer qu’aux " valeurs " et autres " mérites " supposés de nos sociétés et ce en opposition à des aspects de la modernité vécus comme des dérives ? Qui sacralise à longueur de temps les " vertus " des anciens ? Qui serait enclin à instaurer de nouveau la peine de mort ? Qui et quand et pourquoi certains élus insulaires ont courtisé le Front National au point de gouverner de concert au niveau de l’assemblée régionale ? Qui sournoisement valorise la prétendue supériorité de l’Occident chrétien sous le fallacieux prétexte de construire l’Europe du bonheur et de la démocratie associés ? Qui laisse, que ce soit pour cause d’abjects calculs ou de réactionnaires pulsions se développer quasi impunément le racisme, le sexisme ou l’homophobie ? L’intégrisme, messieurs et parfois mesdames, demeure la panacée de ceux et celles qui ne peuvent, en matière de religion très exactement, admettre que l’on puisse déroger au dogme. Nous vous laissons bien volontiers votre Credo, le profit. Mais nous ne laisserons certainement pas sacrifier nos espaces sur vos autels et soit dit en passant, bien que ce ne soit pas ici le sujet qui nous préoccupe, la Laïcité vous emmerde et ne vous salue point !


Cette salubre mise au point effectuée, revenons en à quelques autres approximations et à leurs origines. Monsieur Jospin, Premier Ministre en exercice est un miraculé. Chef d’un parti passablement étrillé par la droite à la fin des années 90, nettement battu lors des présidentielles de 1995, il a bénéficié du somptueux et inespéré cadeau fait par Chirac, après que ce dernier ait dynamité une majorité parlementaire d’un bleu pourtant horizon. Un miraculé devrait cependant garder en mémoire les années pénibles et les revers handicapants. Mais il faut constater que les exercices de mémoire ne sont pas très prisés par l’actuel locataire de l’hôtel Matignon. C’est bien dommage et fort regrettable, surtout pour un homme politique qui vise aux plus hautes responsabilités tout en jouant à ce sujet, au fat ou au coquet un peu pervers.


En politique ou en amour rien n’est définitivement acquis et qui s’appesantit sur le traversin, finit parfois sur la carpette. Déjà les licenciés et la multitude des oubliés de la croissance se sont quelque peu montrés réticents lors des dernières municipales, en permettant ainsi une victoire par défaut à la droite laquelle n’en espérait pas tant. En Corse aussi Monsieur le Premier Ministre pourrait bien connaître quelques cruelles déconvenues. A force de vouloir se débarrasser du " problème " Corse, à la manière inélégante des amants lassés de leurs maîtresses. A force donc de bricoler dans les alcôves, Monsieur Jospin déçoit cruellement, y compris parmi les plus fervents de ses admirateurs anciens et nouveaux. La lune de miel sombre dans un océan tumultueux, ce qui donne à l’observateur peu attentif, l’impression que " les Corses " sont mécontents en un seul et unanime élan. Ils le sont effectivement, mais certainement pas tous pour d’identiques motifs. Légère parenthèse, il faut compter aussi avec ceux qui inébranlablement hostiles à la lutte du peuple Corse ont de prime abord fort peu goûté le processus dit de " Matignon " et qui seraient presque enclins à trouver Jospin sympathique, tant il est vrai que passés les premiers effrois, la quiétude revient à la lecture des plans gouvernementaux. Pour celles et ceux qui se revendiquent encore d’un patriotisme légitime, le constat risque d’être, après le vote des parlementaires Français, amer, très amer, un peu comme des chalands floués par un mauvais camelot.


N’en déplaise donc à Monsieur Chevènement, à l’occasion chef des menteurs de la République Française, Matignon n’est pas un pas vers l’autonomie et encore moins une porte ouverte vers l’indépendance. N’en déplaise à Charles Pasqua, tous les jours un peu plus justiciable, ce sont ses propres amis que Jospin s’apprête à cajoler en tentant de liquider la loi " Littoral " et en leur dessinant les contours d’un statut fiscal fait sur mesures. N’en déplaise à certains parmi le Mouvement Nationaliste Corse, le peuple Corse quelque peu oublié, commence à trouver la farce un peu longue.
Mais Monsieur Jospin n’a certainement pas donné dans l’approximation et la légèreté. Son plan pernicieux à d’ors et déjà lié et entravé quelques responsables nationalistes. Ses desseins de présidentiable en puissance ne doivent rien au hasard. En gagnant du temps, il escomptait sûrement paralyser et démobiliser le Mouvement National, tout en s’attachant les bonnes grâces de quelques nouveaux alliés. D’ici à quelques jours la montagne accouchera pour les uns d’un mulot et pour les autres d’un inespéré bambin. Tout cela ne contribuera pas à décrisper une situation, mais fera plaisir aux malveillants, ceux qui ont en horreur le droit des Peuples à disposer d’eux mêmes : les intégristes de la République " une et indivisible ".


Serge Vandepoorte. Maghu 2001