MOTION D'ORIENTATION GENERALE

Adoptée au Congrès du 23/04/2005

Lors du dernier congrès, une majorité s’est dégagée autour du seul texte d’orientation soumis au vote. Ce document, qui précisait l’engagement anti-capitaliste et anti-impérialiste de notre organisation, devait servir de “ fil à plomb ” dans toutes nos initiatives et nos interventions. Passée au second plan en raison des débats engagés autour du processus dit “ d’union ” cette motion n’a pas été véritablement appliquée. La première des questions qui nous est donc posée est donc la suivante : “ les facteurs économiques, sociaux, culturels et politiques sont-ils très différents ? ”.
La réponse est hélas affirmative, dans la mesure ou les conditions de vie et de travail se sont considérablement dégradées. À l’augmentation des chiffres du chômage, il convient d’ajouter l’offensive contre les services publics. L’amorce du processus de démantèlement de la SNCM, l’accès au pouvoir régional d’une majorité UMP, l’apparition de violences racistes organisées. La poursuite et l’aggravation des opérations de privatisations des espaces naturels collectifs, l’augmentation de la cherté de la vie, le poids toujours croissant d’une répression sociale et politique, la montée en puissance du grand banditisme et l’instauration aux manettes économiques d’hommes issus de ce milieu.


Ces données, confirmées par le seul quotidien régional lors de la parution d’une série d’articles, confirment la pertinence de nos analyses sur ces points. Loin de nous satisfaire, ce constat doit être approfondi. En effet, là ou l’on aurait dû logiquement se préparer à une reprise des luttes (au moins sur le plan social) c’est exactement le contraire qui s’est passé. Dans le domaine politique, il en va de même dans la mesure ou aucune alternative ne s’est dessinée. Le Parti Radical Socialiste et ses deux dirigeants issus de dynasties clientélistes, après quelques querelles de potentats, sont revenus à la gestion de leur champ d’influence. Le Parti Communiste Français est désormais totalement dépendant de ses alliances municipales et ne doit sa survie organisationnelle qu’à son ancrage dans les deux principales communes de Corse.
À lui seul le mouvement nationaliste mériterait un long chapitre afin de permettre de comprendre son état de déliquescence actuel. Car c’est bien de cela dont il s’agit.

Après les années noires, marquées par des assassinats ou la main de certains secteurs obscurs de l’État n’est certainement pas absente, les directions des fractions survivantes se sont décidées à une fin des hostilités. La mort d’un représentant de l’État et les massives opérations de ratissage qui s’en suivirent ne sont sans nul doute pas étrangères au règlement politique instauré par les diverses tendances issues de la clandestinité. Depuis cette période, il aura été facile de constater que ce mouvement est dans l’incapacité de s’engager sur une voie réellement alternative, non seulement aux clans traditionnels mais tout aussi également au capitalisme, qui veut imposer à notre pays un schéma d’activité économique destructeur.
Que ce soit au moment du référendum local portant sur le transfert des compétences dans le cadre de la loi dite de “ décentralisation ”, ou comme c’est le cas aujourd’hui au regard du référendum portant sur la constitution Européenne, les directions du mouvement nationaliste se sont fourvoyées soit dans des politiques de soutien objectif aux plans gouvernementaux (voir position Corsica Nazione et PNC sur le premier sujet) soit sur une prise de position qui laisse les électeurs nationalistes sans consignes de vote. Ce qui revient à ne donner aucune analyse de fond et pour cause lorsque l’on sait que d’aucuns espèrent contourner l’État Français au profit d’un dialogue direct avec les instances Européennes quitte par ailleurs à soutenir de fait ces dernières dans leur offensive libérale.
Nous ne pouvons évacuer les déclarations qui furent enregistrées lors des mobilisations autour de la défense de la loi “ littoral ” (en faveur d’une adaptation des textes pour le PNC) ou un examen ultérieur (CN et Indipendenza). Ce qui, dans les faits, les a, soit opposées aux mobilisations initiées par le collectif de défense de la loi littoral, soit situées en un soutien exprimé sans investissement militant. Le vote des élus nationalistes à l’assemblée de Corse en faveur de la droite, sous le prétexte d’un barrage sanction dirigée contre Émile Zuccarelli, a suivi la discrète parution du document programmatique de la liste dite “ d’union ”, document consacrant une voie nationalo-libérale. Cette dérive a connu d’autres développements lors des évènements ayant vu des personnes issues de l’immigration victimes de violences racistes organisées. En ayant initié à ces pires moments un débat portant sur la “ régulation des flux migratoires ” le mouvement nationaliste a de fait entériné la présence d’une expression xénophobe qui ne serait due, selon ses responsables, qu’à une colonisation de peuplement multiforme. En mettant ainsi sur le même plan les hauts fonctionnaires de l’État, les investisseurs qui se manifestent sur le champ de la spéculation immobilière et les ouvriers du bâtiment ou du secteur agricole. Cette ligne consacre au mieux un populisme avéré et s’éloigne totalement des principes du droit à l’autodétermination portés par des mouvements au moins réformistes faute d’être d’inspiration révolutionnaire.

Nos références ne doivent donc plus laisser planer aucun doute. La rupture avec les mouvements publics et leurs tuteurs clandestins et notre courant est donc avérée. La gauche révolutionnaire, anti-capitaliste et anti-impérialiste, dont nous sommes les seuls représentants en Corse ne peut que constater l’abandon d’une dynamique réellement progressiste par les tenants d’un nationalisme désormais stratifié. Faute d’alliances possibles avec des secteurs issus de la gauche réformiste du fait de l’opposition de ce courant au droit à l’autodétermination pour et par le peuple Corse, nous sommes dans l’obligation de porter seuls, l’espoir d’un changement radical.
Si les nationalistes connaissent des involutions certaines, il n’en est rien pour l’État Français et l’actuel gouvernement. La nature des relations entre la Corse et ces derniers est donc toujours à l’identique. Nous ne confondrons pas pour autant la répression exercée à l’encontre de jeunes patriotes ou de syndicalistes et les péripéties judiciaires de secteurs politico affairistes dont les agissements n’ont, depuis très longtemps, rien à voir avec une lutte émancipatrice. Le marigot de la clandestinité jette dans les prisons de plus en plus de jeunes dont la formation politique se résume à peu de choses. L’utilisation d’une forme de violence par des fractions clandestines de plus en plus éclatées ne menace en rien les équilibres politiques actuels et l’État n’est certainement pas déstabilisé. Cette pseudo radicalité organise principalement des personnes en difficultés de tous ordres, sans leur donner pour autant de perspectives positives. De fait ces pratiques éloignent de l’engagement politique et de la prise de responsabilités celles et ceux qui y auraient le plus intérêt.

Pendant le même temps, la spéculation foncière et immobilière connaît une croissance forte. Elle met en relation des propriétaires terriens qui n’hésitent pas à vendre des troupeaux ou à mettre un terme à des baux agricoles afin de destiner les terrains à la vente. C’est ainsi que des milliers d’hectares de terres cultivables ou de lieux de pâture changent de destination. Les espaces collectifs naturels mers et montagnes sont de plus en plus l’objet de convoitises perpétrées par des promoteurs dont beaucoup d’élus se font les complices objectifs. La montée des prix occasionnée par cette spéculation ferme l’accès au logement pour des personnes aux revenus moyens ou faibles. La construction de quelques logements sociaux ne permettant pas de combler ces déficits, ce sont donc des milliers de jeunes salariés, étudiants et familles modestes qui subissent cette situation. Or il est aisé de constater que des centaines d’appartements ou de maisons restent inoccupés à l’exception de la période estivale.
La colonisation s’intensifie donc par le biais du tout tourisme et sous les effets de placements réalisés par des milliers de détenteurs de capitaux à la recherche de placements immobiliers.


Le monde du travail connaît donc une situation qui combine tous les facteurs négatifs, c’est donc la question sociale qui occupera les mois à venir. Notre mouvement est le seul qui continue de porter des analyses et des propositions qui n’opposent pas les luttes sociales à la lutte pour le droit à l’autodétermination. De notre investissement dans les luttes publiques à venir dépendront des mobilisations d’abord de résistances. Le défi est majeur et la construction d’une force authentiquement révolutionnaire, anti-colonialiste et internationaliste est à l’ordre du jour.
Nous invitons toutes les femmes et les hommes, quelques soient leurs origines, qui se refusent à accepter l’ordre libéral et la disparition du peuple Corse à nous rejoindre.