Bastia, le 12 décembre 1999 Monsieur le Premier Ministre Hôtel Matignon Paris Monsieur le Premier Ministre
Vous avez invité les représentants des groupes élus à l'Assemblée Territoriale à dialoguer sur " le Problème Corse ". Nous nous réjouissons de cette initiative, car nous restons persuadés que seule une véritable politique d'échanges pourra permettre de trouver des solutions conformes aux aspirations de tous les citoyens de cette île et du gouvernement que vous dirigez. Etants, pour notre part, conscients de l'importance aujourd'hui de donner un véritable développement économique et démocratique à la Corse, conscients que l'ensemble des élus de l'Assemblée Territoriale ne peuvent parler qu'en leur nom propre étants incapables de définir clairement un avenir serein à cette île, l'exemple récent du traitement du dossier des transports ( CCM ) l'atteste. Nous considérons aussi que toute évolution institutionnelle doit faire l'objet d'une large concertation et être sanctionnée par un référendum. Pour l'heure, A MANCA NAZIUNALE, mouvement patriotique de gauche attirer votre attention sur différents points de première importance pour les lendemains que nous souhaitons de paix et de bien être pour toute notre communauté de destin - Reconnaissance du peuple corse, de sa langue, de sa culture - Arrêt de la violence clandestine sous toutes ses formes - Maintien sans réserve de la " loi littoral " qui est seule garante de la protection de notre patrimoine naturel contre la spéculation immobilière qui fait jour - Aide à la mise en chantier d'un véritable plan de développement prenant en compte l'intérêt collectif du peuple corse. Plan qui sera mit en uvre sur la base d'un partenariat avec la France et l'Europe Nous nous permettons ici d'approfondir ces différents thèmes afin de mieux préciser notre pensée.
Reconnaissance du peuple corse, de sa langue, de sa culture La reconnaissance du peuple corse, de sa langue, de sa culture ne doit pas être une faveur mais la simple réparation politique d'une injustice historique, histoire trop souvent passée sous silence, et dont l'un des éléments primordiaux est que la constitution française fut une copie conforme de celle établie par Pasquale Paoli lors de l'indépendance de cette île. Notre farouche volonté à exister n'est en aucun moment une hostilité envers la France mais la remise en cause d'un système qui asphyxie, avec la complicité de relais locaux, toute possibilité d'être véritablement ce que nous sommes : un peuple adulte aux droits incontestables et aux devoirs qui ne le sont pas moins. Nous sommes l'expression de ce que la démocratie va produire dans l'avenir, il vous appartient peut-être d'en être un artisan. Trop souvent les gouvernements successifs aux affaires corses ont été complices de cette politique locale au service d'intérêts particuliers, laissant les Corses dans un embarras de choix entre l'assistanat ou la rébellion soit la peste ou le choléra.
Arrêt de la violence clandestine sous toutes ses formes Il est indéniable qu'une partie de la violence qui touche notre île est d'origine politique. Nous avons toujours été de ceux qui pensent que la violence ne résout rien et que les groupes armés sont une menace permanente pour notre peuple et pour le débat politique. Nous nous interrogeons tout de même lorsque l'on voit les gouvernements dialoguer avec les plus violents et ne jamais vouloir dialoguer avec ceux qui s'élèvent démocratiquement, sur la place publique. Nous condamnons la violence clandestine mais nous condamnons et dénonçons les violences plus perverses qui tendent à maintenir ce pays dans un sous développement et une précarité intolérables. L'Etat est violent lorsqu'il laisse les quelques requins insulaires mettre à mal les deniers publics destinés au mieux vivre collectif (chantage aux pensions, aux RMI ) L'Etat est violent lorsqu'il laisse la fraude électorale s'installer et se perpétuer. L'Etat est violent lorsqu'il ne rend pas justice et que ses rouages laissent s'établir une politique colonialo-mafieuse dans l'île. L'Etat est violent lorsqu'il laisse une langue, une culture mourir sous prétexte qu'elle n'est pas celle de la République. Dans une civilisation de progrès, nos différences sont le ciment de nos ressemblances. Une violence plus organisée, relayée par certains pouvoirs politiques, se fait de plus en plus présente et a un certain succès auprès de la jeunesse qui, par la perte de repères, voit dans la réussite matérielle une possibilité d'avenir. Nous souhaitons attirer votre attention que nous attendons que toute négociation se fasse avec le peuple directement, par le biais de commissions paritaires associant toutes les forces vives de cette île afin que chacun puisse s'exprimer clairement et que s'arrêtent ainsi les sempiternelles tractations de couloir qui, nous le savons bien, servent surtout les intérêts des participants et non, une fois encore, l'intérêt général.
Maintien sans réserve de la " loi littoral " La Corse est aujourd'hui, nous pouvons le dire, le seul espace vierge de Méditerranée donc soumis aux convoitises de tous ceux qui font des yeux doux à un libéralisme totalitaire. L'attaque en règle que subit la " loi littoral " aujourd'hui de la part des élus-relais d'intérêts peu recommandables- avec la complicité de la préfecture de région qui n'hésite pas à jouer sur les mots afin de détourner la loi et permettre ainsi à ces élus de spéculer allègrement par la délivrance de permis de construire sur la bande des 100 mètres de notre littoral ou sur des zones clairement répertoriées inconstructibles. Notre patrimoine naturel ne se doit d'être donné en pâture à quelques spéculateurs. Il doit être respecté pour ce qu'il est, la propriété de tout un chacun, l'espace vital d'une communauté. Certains politiques dont ceux que vous recevez ce lundi vous parleront sans doute de la nécessité d'aménager cette loi qui, à les entendre, contrarie le développement insulaire. Elle contrarie surtout leur volonté de voir naître aujourd'hui la baléarisation de la Corse. Nous restons vigilants quant aux suites qui seront données à ce problème car nous sommes certains qu'un véritable développement touristique peut se faire sur l'ensemble de l'île ( littoral, piémont, montagne ) tout en sachant respecter ces zones naturelles et communautaires. Vous trouverez ci-joint la copie d'une réponse de la préfecture de région à l'interrogation faite par une association de défense de l'environnement au sujet de l'implantation de deux constructions sur des espaces protégés. Nous souhaitons vivement que votre détermination ainsi que celle de ministres concernés permette à cette loi d'être préservée dans son intégralité et ne soit en aucun cas sujette à quelconque marchandage.
Aide à la mise en chantier d'un véritable plan de développement La Corse a besoin, nous le redisons et ce n'est un secret pour personne, d'un véritable plan de développement en partenariat étroit avec la France et l'Europe. Ce plan concerne toutes les filières et doit tout d'abord définir les axes de ce développement afin qu'il reste dans le droit fil d'un service public de proximité performant, de la mise en place de structures aux normes européennes qui permettront une véritable politique de commercialisation, qu'il laisse s'exprimer tous les potentiels humains, naturels de ce pays. Ce développement nous le souhaitons au service de tous, des rivages aux cimes. Nous lutterons toujours contre les spéculateurs de tout genre qui ont fait et font toujours tant de mal à ce pays. 30000 personnes dans la précarité, c'est là la réalité du quotidien de la Corse. Il est important de concevoir des lendemains qui permettront à nos enfants de travailler sur leur terre, avec cette ouverture à cet ailleurs qui doit être respecté mais aussi réceptif. Le cadre d'une lettre est restreint, mais nous tenions simplement à vous donner pour le débat actuel notre sentiment sur les revendications qui nous semblent légitimes et au service de tous. Nous sommes tout à fait disposés à développer l'ensemble de ces points au cours d'un entretien que nous vous demandons de bien vouloir nous accorder. Soyez certain que l'esprit social, démocratique, patriotique de notre démarche se veut respectueux, ouvert, sincère. Veuillez agréer, Monsieur le Premier ministre, l'assurance de nos sincères salutations.
A Manca Naziunale | |