Nous ne sommes pas tous Américains.

Une contribution au débat sur l'actualité internationale


11 septembre 2001, une onde de choc, dont l'épicentre se situe au coeur des Etats-Unis d'Amérique, ébranle le monde. Les deux tours du World Trade Center et une aile du Pentagone sont pulvérisées. Quatre avions aux équipages sacrifiés, des passagers otages d'une poignée d'hommes déterminés jusqu'à la mort, et des milliers de victimes. Les médias des pays riches distillent une émotion qu'ils voudraient planétaire.

11 septembre 1973, les avenues de Santiago du Chili tremblent sous les chenilles des chars de Pinochet. Salvadore Allende, président démocratiquement élu, meurt les armes à la main cerné par une meute de militaires, les stades se remplissent et les colonnes de la mort ensanglantent le pays. La douleur et l'émotion ne sont pas partagées, des États acquiescent ou se taisent.

Il y aurait donc des indignations sélectives, des morts coupables et des victimes innocentes, c'est selon. Vae Victis ! La formule a traversé les temps mais elle garde toute sa signification au delà des siècles et en dépit de cette démocratie que l'on nous dit en marche. Ainsi, pendant trois minutes, il a été proposé à des centaines de millions d'Européens, de faire silence, en mémoire des victimes et en solidarité avec le peuple Américain.

Soit, il est bon que de se refuser à l'innacceptable. Les méthodes employées par les présumés responsables ne sauraient trouver, ne serait ce que l'amorce d'un début de justification. Admettre les moyens mis en oeuvre à ces occasions reviendrait à se faire les alliés de doctrines qui, en récupérant de légitimes révoltes, cherchent à édifier de nouvelles dictatures.

L'utilisation de la terreur a des conséquences terribles, elle range les victimes de ce capitalisme arrogant au même niveau que ceux qui se veulent les maîtres du monde. Ces méthodes réactionnaires n'ont pour but, en définitive, que d'instaurer de nouvelles dictatures, sous l'égide de potentats théocratiques en devenir. Notre refus de tous les fondamentalismes religieux, de leurs philosophies prétendues, et de leurs pratiques s'accompagne tout autant de notre refus de cette barbarie dont se sont rendus, et se rendent encore coupables, des Etats impérialistes qui ont bati leurs dominations, pour l'argent, par le feu, le fer et le sang.

Oussama Ben Laden, Pinochet, Noriega, Saddam Hussein, sont des créatures des Etats occidentaux et de leurs services. Entre le terrorisme des États et le terrorisme de leurs rejetons, sommes nous dans l'obligation de choisir ? Pas vraiment, car il n’y a pas deux modèles qui se heurtent. Les fondamentalistes Islamistes à l’instar de leurs homologues des religions monothéistes ne sont en rien des adversaires de la globalisation et sûrement pas des ennemis du capitalisme. Certes, parce que privés de tous leurs droits, des peuples s’engagent par désespoir derrière ceux qui sont en capacité de répondre à leurs besoins, y compris matériels. Cela ne signifie pas que des centaines de millions d’hommes et de femmes adhèrent à cent pour cent aux thèses intégristes. Comme il est de plus en plus patent que des millions d’Occidentaux contestent radicalement les politiques libérales qui leur sont infligées et ne sont pas prêt à donner un blanc-seing à la nouvelle croisade qui s'annonce.

Si être américain, comme se plaisait à le revendiquer dernièrement un éditorialiste du journal Le Monde, signifie se ranger sous l'étendart de l'impérialisme, alors non, milles fois non, nous ne sommes pas américains.

Serge Vandepoorte, Didier Ramelet