Elu 'Manca Naziunale' au sein de la liste d'action communal 'Bisinchi pour tous', Pierre Bertoncini s'est fixé pour objectif une réhabilitation du patrimoine de sa commune et un accès au plus grand nombre à la découverte de celui-ci.
L'historien de formation et le militant politique propose une analyse critique de l'évolution de la société vilageoise, aux antipodes de visions folkloriques destinées aux consommateurs et promoteurs du Tout-Tourisme. L'auteur inscrit son action dans la durée et a tenu a faire publiquement cette introduction :
Le programme dexpositions sur lhistoire de Bisinchi
Les chercheurs actuels considèrent que lhistoire ne se résume pas à une liste de personnages importants ou dévénements marquants tels que des batailles. Elle est une science humaine qui sattache à analyser les conditions de vie passées des sociétés. Ainsi lhistoire pluri-séculaire de notre communauté ne se résume pas dans lévocation tragique de la mort violente de labbé Vignale!
Cest dans cette perspective quil apparaît comme pertinent de réaliser une série dexpositions concernant le passé de la commune. Jusquà présent, peu de choses ont été produites en ce domaine. Chacun, au moment du décès dun ancien mesure la part de la connaissance du passé q ui disparaît. Certains se réfugient dans léternel présent de la télévision, dautres tâtonnent dans une quête individuelle de leur généalogie. Dans ce contexte, la question qui se pose alors est par où commencer ?
Modestement, on évoquera dans un premier temps lhistoire récente, celle du XXe siècle. La municipalité organisant ce projet, il est naturel que ce soient les archives de la mairie qui servent de sources principales aux investigations menées dans le temps. Des contributions privées (documents ou témoignages) sont également les bienvenues
Notre histoire collective sera ainsi exposée au plus grand nombre dans les locaux municipaux. Cest un aspect de la démocratie locale qui permettra en particulier la transmission de notre histoire aux jeunes générations.

Revitaliser le lien social et un projet collectif entre les générations...
La méthode suivie sera de présenter trimestriellement un thème. Par exemple, le premier retenu est Eau et société, de la tradition à la société de consommation, (1939-2001) , le second portera sur lhistoire de lécole du village. Il nest évidemment pas un hasard si cela correspond à une période de travaux publics relatifs à leau ainsi quà une demande faite au rectorat de rouvrir lécole.
En effet lactuelle municipalité nentend pas faire table rase du passé. Réfléchir sur les expériences passées (heureuses ou non) est un gage de réussite pour les actions présentes et futures dont on ne peut faire léconomie. On ne peut greffer un citronnier sur un châtaignier !
Certains critiqueront la démarche en la qualifiant dorientée favorablement à lactuelle majorité dans laquelle je minscris ou à la Manca Naziunale dans laquelle je milite. Jassume cette critique. Cest en effet une interprétation de notre passé qui est proposée. Si cela donne lieu à un débat public, tant mieux ! Si cela ouvre la piste à des mémoires universitaires qui jugeront de la validité des thèses exposées, ce sera une victoire gagnée sur les forces de loubli. "
EAU ET SOCIETE A BISINCHI
de la tradition à la société de consommation (1939-2001)
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Une première exposition très documentée...
Dans le programme de la liste Bisinchi pour tous, la part des propositions relatives à leau était importante. Il semblait quil y avait un mécontentement général quant à ce sujet.
Il est proposé dans cette exposition de faire un bref rappel historique sur la gestion collective de leau au village. Le dépouillement des archives de la mairie a permis de mettre en évidence que le problème de leau nest pas récent.
Si la Corse est passée dans la seconde moitié du 20éme siècle dune économie quasi-autarcique à une société de consommation, on verra que lon en voit le reflet dans le rapport entretenu par notre collectivité avec leau.
Ainsi, larrivée de leau au village dans le chef lieu date de 1939. Le budget de la commune des années suivantes montre que lendettement avait été lourd. Après les difficiles périodes de guerre et daprès guerre, ce ne sont que des légères améliorations qui sont apportées au dispositif existant.
Les fontaines, les lavoirs, les sources, puis les bornes fontaines furent des lieux importants de la vie collective qui marquent la mémoire des anciens.
Cest paradoxalement en 1973, à la fin des 30 glorieuses, que voulant rattraper le temps perdu, une nouvelle municipalité entreprit dimportants travaux dadduction deau courante, dinstallation dun système dégouts ainsi que dévacuation des eaux pluviales. Ces travaux sont en phase avec le début de la revendication écologiste corse, la lutte contre les boues rouges qui anima cette même année 1973 en étant le symbole.
Comme de 1939 à 1973 des aménagements ponctuels sont apportés au réseau jusquen 2000. Par exemple, en 1984, le haut de Pradale vest irrigué à son tour.
Tandis que le village se dépeuplait, le confort se développa. Lusage de leau sindividualisa, chacun ayant peu à peu leau au bout de son robinet. La période annuelle de plus fort besoin en eau voit coïncider larrivée de notre diaspora avec la saison sèche! Pour répondre à ces besoins des sources connues furent régulièrement captées. Leau destinée aux foyers, disparut du circuit agricole, où résurgence après résurgence elle avait longtemps marqué notre paysage.
1939 et 1973 ont donc été les dates majeures de la gestion politique de leau durant le 20éme siècle. Plusieurs personnes durant la préparation de cette exposition mindiquèrent sur un ton goguenard quil sagissait dun dossier sensible. Pourquoi ? Ny a til pas plus clair que leau de source ?

Le Maire, Le président du Conseil Général de la Haute Corse et le Conseiller Cantonal ont salué cette initiative et le travail accompli .
Les nombreux chantiers relatifs à leau menés par la mairie sont parmi ses réalisations les plus lourdes financièrement. Le dépouillement des archives municipales ainsi quune rapide et certes incomplète enquête orale ont permis de dégager que sur leau sétaient cristallisées de nombreuses rancoeurs au fil des décennies: Des hameaux, des familles, des individus ont souvent eu limpression dêtre les laisser pour compte de travaux pour des raisons dincompétence ou dinavouables calculs partisans. Quelque soit la justesse de ces reproches, cest dans ce contexte que létape de 2001 est à comprendre: Il reste à laction de léquipe municipale ainsi quà la vigilance des commissions extra-municipales de faire en sorte que tant pour lactuel chantier de restauration du réseau que pour les autres aspects de la gestion de ce bien collectif, le cap du slogan Bisinchi pour tous soit tenu. Cest une condition indispensable pour construire un avenir équitable.
Pierre Bertoncini.