CENSURE

 


LES CISEAUX DE LA RAISON D'ÉTAT.

 

Pièces à conviction, d'ordinaire ce sont les juges et les jurés qui en usent afin de rendre la justice en toute conscience. Dans le cas qui nous intéresse, point de prévenu conduit dans le box des accusés menottes aux poignets, l'hermine est portée par le téléspectateur, invité pour un soir à se faire une opinion.

Le Jeudi 15 Novembre 2001, nous étions donc conviés à partir de 23h25 devant le petit écran dur une chaîne dite de service public, France 3 en l'occurrence. Pour préparer les sujets, une équipe de journalistes a travaillé, quelques mois auparavant, en sillonnant pour se faire, une grande partie de la Corse. La question du littoral semblait particulièrement attirer l'attention de ces derniers. Leurs investigations conduirent leurs pas dans les traces des associations de défense de l'environnement et des mouvements politiques qui depuis des mois ferraillent contre le gouvernement Jospin. En effet l'article 12 du projet dit de Matignon prévoit des "aménagements" de la loi littoral, dessein qui a rallié une grande majorité de la droite insulaire au processus engagé par la gauche plurielle.

Ces journalistes ont donc réalisé nombre de reportages dans lesquels des opposants à cette réforme prirent la parole et du temps afin d'exposer clairement le sens de leur combat, en apportant à cette occasion des preuves et en mettant sous l'œil des caméras le sites menacés ou déjà dégradés. Les représentants de la Manca Naziunale, organisation co-fondatrice du Collectif de défense de la loi littoral, ne manquèrent pas de joindre leurs voix à celles de l'Association U Levante et de l'Association pour le livre accès aux plages (pour ne citer que ces dernières) afin de dénoncer la tentative de privatisation des espaces naturels. Afin de mettre en lumière les violations répétées de la loi Littoral nous avons encore une fois présenté le cas de la villa de Madame Christine Ockrent (voir documents), un exemple parmi tant d'autres des entorses perpétrées sous l'égide des services de l'État.

Vous n'aurez rien vu de tout cela, pas plus que les sites de Palombaggia ou celui de la Marana pourtant filmés par l'équipe de la 3 et commentés par nos amis des associations. La rédaction de la chaîne n'a pas voulu que figurent ces reportages au cœur du magazine. Cette censure déguisée sous le couvert des nécessaires choix que doit effectuer une rédaction est un coup porté à notre lutte, mais bien au delà encore une insulte faite au libre arbitre de chacune et de chacun des téléspectateurs. Le travail des journalistes mériterait, tout autant, un peu plus de respect. Mais la raison d'État sait parfaitement s'accommoder de l'absence de vérité, elle sait aussi pouvoir compter sur les connivences générées par un corporatisme toujours omniprésent.

Nous ne pouvions nous taire devant de tels comportements. Non, Madame Lucet les milliers de voix, qui se sont déjà exprimées afin de défendre notre patrimoine collectif, ne disparaîtront pas sous les coupes de la censure et notre désir de justice ne s'éteindra certainement pas par crainte des foudres d'une "star" de la télévision, fusse t'elle l'épouse d'un ministre en exercice.