Les rencontres dites de "MATIGNON" constituent certainement un moment important pour notre pays, mais nous ne sommes pas encore convaincus qu'il s'agisse d'un moment "Historique" constitutif d'un début de résolution de la question Nationale Corse. Ce sentiment de scepticisme que nous croyons partagé par notre peuple est le fruit de la grande confusion dans laquelle baigne le débat. - D'un côté l'attitude ambiguë et attentiste de l'État Français, attitude qui peut laisser à penser que tout peut arriver... - D'autre part nous sommes très inquiets en constatant qu'un débat aussi fondamental (ou l'on évoque tout de même l'avenir d'un pays) puisse aussi aisément échapper au Peuple Corse, et être ainsi monopolisé par une poignée d'élus et par quelques représentants de catégories sociales qui voient dans l'évolution des institutions le moyen d'imposer un statut fiscal à leur seul avantage. Le Mouvement National a toujours affirmé, non sans pertinence, que le règlement de la question Nationale n'était pas institutionnel et nous sommes donc, comme beaucoup, légitimement surpris de la nouvelle croyance de certains. Croyance en une solution uniquement fondée sur un toilettage de la constitution Française et ce, en vue d'une hypothétique évolution de l'actuel statut fait à la Corse. Une certaine prudence devrait pourtant être de rigueur. En effet, ne manquent pas les exemples de par le monde, qui censés apporter la liberté et le développement d'un point de vue formel, ne ce sont dans les faits traduits que par d'abjects alibis qui permettent la sujétion et l'exploitation des peuples concernés. La forme revêtue par le débat actuel est inquiétante car rappelons le, il s'agirait de notre avenir collectif et ce afin d'établir nous dit-on de nouvelles relations entre la Corse et la France. Or il est de bien mauvaise augure que de voir les discussions confisquées par des lobbies au seul service d'intérêts catégoriels. Ces lobbies se montrent de plus en plus agressifs et ont tendance à assimiler le problème Corse à leurs stricts appétits spéculatifs. Le débat doit être un moyen, non pas de "moderniser" une démocratie Corse qui n'a été que virtuelle depuis deux siècles et demi, mais de l'inventer pour le bien être de tous les Corses et pour établir des relations afin apaisées avec la France. Nous appelons donc à un véritable débat autour d'un choix de société qui doit être fondé, non sur un statut fiscal répondant aux intérêts de classes de quelques uns, mais sur un projet de développement économique, culturel et social harmonieux qui donne accès de manière égalitaire aux besoins fondamentaux (santé, culture, éducation, transports, énergie, eau, espaces naturels). Ce débat est donc indissociable du débat sur les institutions qui ne sont qu'un moyen pour mettre en oeuvre un projet de société. Le refus d'élargir le débat à la société dans toute son intégralité (le hochet du Conseil Économique et Social ressorti de son placard pour l'occasion ne saurait faire illusion) est porteur de nouveaux conflits qui seront à n'en point douter, très vifs. L'État Français avec la complicité des clans, clans en quête d'une rénovation en liaison avec des intérêts obscurs, est en train de créer une situation qui va rapidement devenir intenable. Nul ne pourra jouer indéfiniment les "Ponce Pilate". Sa responsabilité au regard du sort fait à notre pays est accablante. Sa volonté de mener des enquêtes fiscales touchant les clans et les milieux obscurs à vite été annihilée par ses alliés locaux. Nous sommes dans la situation d'avoir à offrir encore plus de pouvoirs à une caste corrompue, incompétente et prédatrice, sans aucune contre partie ni garantie. Il est à craindre que la Corse n'en soit réduite qu'au seul et unique rôle de capital, voir de gisement à exploiter et non pas le lieu naturel de vie d'un peuple qui a une histoire, une culture et qui veut continuer à les vivre. Le mouvement patriotique de Gauche organisé autour de A MANCA NAZIUNALE considère que le débat sur l'évolution des institutions est indissociable des postulats suivants. - Un audit économique, social et culturel doit être établi sur l'état réel de notre pays par la cour des comptes nationale, régionale, sous la garantie d'un organisme international rattaché à l'Europe et aux Nations Unies. - Les responsabilités, les fautes et les manquements aux règles doivent être sanctionnés par de lourdes peines civiques et financières. Il ne peut être accepté que des politiques ayant fraudé aient accès aux nouvelles institutions. - Le débat doit être étendu à toute la société Corse afin que toutes et tous aient la possibilité de dire ce qu'ils souhaitent pour leur pays (par l'intermédiaire des médias et de cahiers de doléances). - Les mouvements politiques et les élus doivent dire qu'elle est leur projet de société pour la Corse dotée de nouvelles institutions. - Le délai pour l'évolution des institutions doit être suffisant pour que chacun puisse intervenir de façon démocratique et ce sous l'autorité d'observateurs internationaux garants de la sincérité du processus. - Pour sa part A MANCA NAZIUNALE se déclare absolument en faveur d'une évolution des institutions si des garanties sont données quand à la loyauté démocratique du processus y conduisant. Dans ces limites nous formulons les propositions suivantes, visant à rendre notre peuple maître de son destin dans un cadre démocratique propre à assurer son bien être et son épanouissement. . Reconnaissance de la langue Corse comme langue co-officielle de l'île de Corse. . Reconnaissance des droits nationaux du Peuple Corse. . Établissement d'un corps électoral Corse sur la base d'un volontariat individuel. . Institution d'une charte sociale assurant la pérennité et le droit social pour tous. .Loi de préservation nationale et de sanctuarisation de tout le domaine public maritime et montagnard. Établissement d'une bande de 100 mètres non constructible et non commercialisable. . Abrogation de la zone franche, mise en place d'une fiscalité incitative orientée vers les secteurs productifs avec obligation de résultats, en terme de salaires, d'amélioration du pouvoir d'achat et de créations d'emplois. Enfin, nous considérons que les élus quels qu'ils soient ne représentent pas le peuple Corse mais une partie, voir simplement eux mêmes. À ce titre nous affirmons que le Mouvement National peut trouver les moyens d'une unité stratégique s'il s'en donne les moyens.
1°- En ne considérant pas le cadre Français comme le seul horizon incontournable (élections et élus du peuple Français). 2°- En se dotant d'une représentation nationale provisoire sur la base d'une proportionnelle impliquant toutes les sensibilités. AIACCIU 9/02/2000 |