MATIGNON III

Le processus dit " de Matignon " entre dans une nouvelle phase, contraignant désormais le Premier ministre à dévoiler plus précisément ses intentions. Initialement deux choix s’offraient à lui .Le premier basé sur une vraie volonté politique , aurait dû le conduire à prendre en compte la lutte du peuple corse et donc la reconnaissance de ses droits politiques. Cette perspective ne lui a pas été imposée. Aucun des représentants de l’Assemblée territoriale n’ayant exigé du gouvernement la prise en compte des revendications historiques du Mouvement National, on se dirige donc comme à l’ordinaire vers un simple toilettage du statut actuel. Ce processus est d’autre part entaché de graves lacunes. De tractations obscures, en négociations de couloirs tout a été fait pour réduire le fait démocratique à sa plus simple expression. Notre peuple n’a jamais participé au débat et, à fortiori, associé aux discussions. Dès lors les menus retournements de quelques politiciens ne sont que de pauvres péripéties, révélatrices cependant de comportements séculaires qui ont fait notre malheur.

Il est désormais clair que seules quelques catégories sociales tireront tous les bénéfices des dérogations à venir et ce à travers de nouvelles dispositions fiscales ou en matière d’aménagement du territoire…
Nous avons été nombreux à manifester il- y- a quelques mois afin d’arracher un peu de démocratie dont notre pays a grand besoin pour se développer. Cela passe par l’obtention d’un pouvoir législatif mais pas seulement. Aucun correctif n’est apporté au système de corruption, d’abus de pouvoirs et de clientélisme qui domine la Corse.
La modestie de la motion présentée par les élus de Corsica Nazione ne nous apparaissait pas à même de résoudre l’ensemble du problème. Cependant, soucieux de ne négliger aucun effort afin d’éviter le piège du statut quo, nous avons soutenu ce nous apparaissait être une avancée intéressante.

Qu’en reste t’il ? Rien.

Nos espaces naturels font toujours l’objet de tentatives d’accaparement et nous savons que la défense de notre patrimoine national sera au centre des problématiques de demain. Il s’agira également de mettre un terme à la privatisation donc à la casse de pans entiers du service public socialement utile, notamment dans le domaine des transports ( le débat de septembre prochain sera à ce titre révélateur des appétits des uns au détriment de l’intérêt général).
À notre grande surprise la langue et la culture, fondements de l’ identité corse, sont les parents pauvres du projet qui semble convenir aux élus territoriaux. Ce qui est proposé est absolument identique aux mesures Balladur de 1994 qui n’ont jamais vu de début de réalisation. L’identité corse serait-elle contenue en totalité dans la fiscalité ?

Nous continuons à être très inquiet pour notre pays et notre peuple et, à notre sens il est abusif de déclarer que ce projet est " l’aboutissement de 30 ans de lutte du Peuple Corse ". La Question Nationale Corse ne sera certainement pas résolue par " Matignon III ".

Nous appelons quant à nous le Mouvement National à réfléchir et à débattre sur les conséquences des propositions de l’Etat Français.

Nous savons par expérience qu’il n’y aura pas, en Corse, de démocratie sans justice sociale, pas plus qu’il n’y aura de justice sociale sans règlement de fond du Problème National Corse.