REPONSE AUX DIVERSES QUESTIONS D'UN JOURNALISTE DU QUOTIDIEN NICE-MATIN ( 15 octobre 1998 ) Définir vos priorité pour la Corse ? Les termes "pour la Corse" très généraux servent souvent à masquer les intérêts égoïstes de certaines catégories sociales qui tentent de faire croire que leurs profits particuliers correspondent à l'intérêt général, à l'intérêt de la Corse. L'exemple de la zone franche est à ce titre édifiant. Nous préférons employer les termes de Peuple corse qui, loin de céder à un quelconque populisme, correspondent pour nous à des femmes et des hommes que nous côtoyons chaque jour. Nous pensons que le droit à la dignité et le droit de vivre décemment ne sont pas indissociables et ne sont pas négociables. A ce titre, ils sont une priorité. Le droit à la dignité, c'est le droit d'avoir sa nationalité et de parler sa langue nationale ("déclaration universelle des droits de l'Homme"). Le droit de vivre décemment, c'est le droit d'avoir un travail, le droit à la santé, le droit à l'éducation et le droit à un logement, toutes choses présentées comme un luxe et un privilège au coût exorbitant... Le droit à l'autodétermination et la construction d'une société qui corresponde aux intérêts fondamentaux des couches sociales laborieuses sont notre objectif. Nous sommes conscients que ce processus prendra du temps et qu'il sera le produit de luttes, notamment sociales. Les conclusions que vous tirez du rapport de la commission parlementaire ? Ne nous y trompons pas, sa fonction première est idéologique. Accuser tous les Corses d'être responsables de la situation permet de diluer les responsabilités (voleurs et volés sont dans le même sac) et ainsi d'éviter de demander des comptes aux vrais responsables. Au début des années 80 une de nos principales revendications a été de demander (naïvement) qu'une commission d'enquête soit envoyée dans les principales municipalités ainsi que dans les organismes publics et para publics de l'île. Il n'est donc pas étonnant qu'un certain nombre de vérités soient dites dans ce rapport, cependant personne n'y a fait de découverte. Notre peuple sait depuis toujours que les élites corses pillent notre pays, condition sine qua non de leur soutien à l'État français. Ce constat nous laisse à penser que jamais l'État français ne s'attaquera aux notables car il ébranlerait du même coup son pouvoir sur la Corse. Le corps expéditionnaire envoyé récemment (son coût est-il inclus dans ce que coûte la Corse à la France ?) n'est pas dirigé contre ceux qui sont cités dans le rapport Glavany. En résumé, l'état de droit qu'on veut "rétablir" est une escroquerie morale dans la mesure où jamais on ne nous dit à quel moment il a existé. L'état de droit pour notre peuple, c'est de voir rétablis ses droits nationaux sur sa terre. Les conditions du rapprochement de l'ensemble des mouvements nationalistes ? Le multipartisme, au sein du mouvement national, a été la conséquence de crises successives et non d'un choix délibéré. Cela pèse forcément sur les relations entre les mouvements. Mais si les relations conflictuelles ont pris de telles proportions, c'est dû au fait de la présence de groupes armés censés être les véritables détenteurs de la légitimité. La première difficulté à une évolution possible des relations inter-nationalistes, c'est l'existence de ces groupes armés. Ils pèsent de manière insupportable sur les débats et il n'est pas pensable que des relations égalitaires voire fraternelles puissent s'établir avec un revolver sous la table. Il est de la responsabilité des organisateurs qui les soutiennent de mesurer le pas de géant qu'accomplirait le mouvement national si ces groupes armés disparaissaient. Le deuxième obstacle à franchir, c'est de trouver le cadre adéquat à l'expression des différences. Nous proposons, quant à nous, l'élection d'une assemblée nationale provisoire (ANP), véritable constituante élue au suffrage universel direct et à la proportionnelle intégrale par tous les patriotes. Cette représentation nationale serait l'expression de la nation dans sa diversité et, à ce titre, seule autorité !légitime. Votre position à l'égard de la lutte clandestine ? Depuis cinq ans, notre pays vit des années de plomb et de sang. Depuis l'assassinat de Robert Sozzi, on sait que les groupes armés avec ou sans nom, ont leurs armes braquées sur les enfants de notre peuple. A partir de cette analyse, chaque patriote doit comprendre qu'au-delà des solidarités de façade ou d'amitiés, ces groupes participent objectivement à notre destruction (un constat à la fois simple et terrifiant peut être établi: depuis que s'est développé le nationalisme contemporain, les groupes armés ont tué plus de Corses que n'en a tués le colonialisme français). Ce qui ajoute au tragique de la situation, c'est que ceux qui ont tué ou fait tuer en commun s'accusent mutuellement de la culpabilité des meurtres à chaque scission. Cela sonne comme un sinistre avertissement pour ceux qui voudraient continuer à tuer. Qu'en sera-t-il demain de leurs amis d'aujourd'hui ?... Chacun doit donc uvrer dans ses structures à convaincre les militants de dissoudre ce qui ne sont après tout que des armées privées et, à ce titre, ne défendent que des intérêts privés au détriment de l'intérêt national. |