SITUATION POLITIQUE EN CORSE


A Manca Naziunale a souhaité une rencontre avec la presse afin d’exprimer sa position sur les problèmes qui se posent actuellement à la Corse.

1. Bilan économique et social :

Les Transports aériens : Les perturbations enregistrées dans le transport aérien tout au long de cet été, attestent de la concurrence à outrance que se livrent les compagnies. Aux conséquences sociales subies par les personnels se sont ajoutés les désagréments occasionnés aux usagers. Si un frein n’est pas mis aux politiques fondées sur la déréglementation et la démolition des Services Publics de transport, il est à redouter de graves conséquences économiques pour la Corse. Ces événements qui se reproduiront immanquablement posent la question de la maîtrise des transports par celui qui en a le plus grand intérêt : l’ensemble du Peuple Corse. Il est impensable que se poursuivent des stratégies économiques tournées vers la satisfaction d’intérêts extérieurs à l’Ile au profit d’une minorité d’actionnaires et de dirigeants de société.

Le Tourisme : comme il est de règle après chaque saison touristique les avis les plus contradictoires s’expriment sur l’impact du tourisme. Et comme d’habitude, rares sont ceux qui affichent une grande satisfaction. En réalité on a beaucoup de mal à connaître l'impact économique du tourisme sur la Corse, car c’est un secteur où l’économie clandestine est importante. Ainsi, alors que les transports annoncent des chiffres de fréquentation à la hausse, on entend les sempiternelles lamentations sur le tourisme désargenté. Ce que nous constatons et cela se vérifie chaque année c’est que :

- L’impact sur l’emploi est quasiment insignifiant. Du personnel qualifié aux O.S., les emplois sont en très grande majorité occupés par de la main d’œuvre importée.
- Le travail précaire voir clandestin est la règle.
- La quasi-totalité des produits consommés par les touristes est importée.
- Les infrastructures sont insuffisantes pour accueillir toujours plus de touristes (routes, villes etc.…)
- Le flou le plus total existe sur la réalité de la perception des différentes taxes et impôts que doit générer le tourisme (taxe de séjour, TVA, impôts).
- Le coût pour la collectivité, donc pour tous les Corses, du retraitement des ordures, des pollutions occasionnées (fleuves, mers), de l’adduction et de l’assainissement de l’eau, devient de plus en plus insupportable.
- La pression foncière et immobilière se fait toujours plus agressive. Ainsi, on voit grimper le prix des terrains et des appartements, au point que les plus jeunes Corses n’ont que peu d’espoir d’acquérir un bien pour rester chez eux . Pire le phénomène des locations estivales prive le marché locatif des appartements qu’ils pourraient occuper dans leur village ou même dans les villes.

Ce tourisme débridé a un coût social culturel et écologique extraordinairement important. Or si les bénéfices, souvent cachés, sont privatisés, les coûts et les déficits (équipements publics …) sont eux collectivisés. Aucune politique cohérente n’est faite par l’Assemblée Territoriale pour le tourisme et ce pour plusieurs raisons :

- Politique veut dire contrôle (sur une île c’est facile), or de nombreux professionnels du tourisme n’en veulent pas.
- Politique veut dire limiter la venue des touristes en fonction de nos capacités d’accueil : les compagnies de transport n’en veulent pas.
- Politique veut dire produire de plus en plus en Corse ce que les touristes consomment : les grandes entreprises de distribution n’en veulent pas.

Alors la CTC a pour seule politique touristique d’être présente dans les salons et les foires pour " Vendre la Corse ". On a donc toujours plus de touristes, alors que nous sommes très largement arrivés à saturation sur les trois mois d’été.
Nous disons que si le tourisme doit être, aujourd’hui, un élément moteur de l’économie, il doit être au service de tous les Corses. Pour cela il a besoin d’être maîtrisé, faire l’objet d’une politique cohérente et raisonnée qui prenne en compte son impact sur tous les secteurs d’activités. Enfin les bénéfices du tourisme doivent profiter à tous, sous forme de financement d’équipements structurant : transports intérieurs, aide à la production corse, culture et formation, protection de l’environnement…
Le lien est rapidement fait avec la loi " Littoral " et l’article 12.

2. Loi " Littoral " et Article 12 :

Ce n’est pas un hasard si la mobilisation pour le maintien de la loi " Littoral " et la suppression de l’Article 12 du projet Matignon a été si importante. Notre Peuple sait qu’avec la Loi de 1986, nous avons un petit verrou que l’Article 12 voudrait faire sauter. Si cela arrivait, les conséquence seraient irrémédiables dans la mesure où le TOUT-TOURISME serait la seule économie de la Corse et comme nous l’avons souligné, elle se ferait au profit exclusif de quelques uns et au détriment de tous les autres (par ex. par la dégradation de leurs conditions de vie du fait de leur exclusion de fait de certains espaces naturels). Il semble que certains politiques sont lucides quant aux conséquences de l’Article 12, mais cela n’est pas suffisant. Nous allons continuer à informer notre Peuple afin qu’il se mobilise pour défendre son patrimoine national et ses conditions naturelles de vie.

3. Langue Corse et les mesures Lang :

La visite du ministre de l’E.N. est plus de nature politique que réellement sérieuse pour la langue corse. L’ensemble de ses déclarations d’intention souffre d’une absence de clarté dans les moyens qui seraient donnés. Ses propositions pour le Primaire sont inférieures à celles promises et jamais appliquées par Balladur en 1993. Nous contestons les chiffres avancés sur la réalité de l’horaire de l’enseignement du Corse dans le primaire (1 à 2 heures par semaine pour 60% des classes). L’enseignement du Corse se ressent :

- d’un manque de moyen (formation…)
- de statistiques fausses sur les locuteurs réels et l’enseignement dispensé
- et plus grave encore, d’absence de perspectives pour la langue corse dans la société : bilinguisme officiel, administration, vie économique…

En réalité nous savons qu’aujourd’hui l’école ne suffit plus pour faire du Corse une véritable langue de communication dans une Corse moderne. Seule la cooficialité, donc l’égalité corse/français, est de nature à le faire.

4. De l’assassinat comme mode de résolution des conflits :

Nous ne pouvons pas, ne pas donner notre sentiment sur les assassinats de ces derniers mois. Nous avons donné publiquement notre position sur la question des assassinats lors des discussions autour de " Migliacciaru ". " Nous avons déclaré que nous étions pour l’imprescriptibilité de tous les crimes de sang " et plus généralement nous sommes contre la peine de mort qu’elle soit appliquée par des Etats ou par des individus.
Nous avons été les seuls à tenir cette position. Malheureusement de nombreux patriotes n’ont pas pris conscience que désormais l’assassinat était devenu un moyen de régler les conflits politiques ou non en Corse. Si nous avions été entendus peut être les choses auraient elles été différentes aujourd’hui. Nous pensons que pour déraciner cette sous-culture de la mort (qui est en train de s’étendre du fait même de l’impunité dont bénéficient les auteurs des assassinats), le mouvement national doit prendre une mesure radicale d’ordre juridique : l’imprescriptibilité.
Nous persistons à penser qu’il faut une mesure forte, cette mesure il faut que le mouvement national la fasse sienne, s’il ne le fait pas ( comme à Migliacciaru où l’on a parlé de responsabilité collective pour évacuer les responsabilités bien réelles de ceux qui ont conduit le mouvement dans cette impasse), il ne pourra que signer là son échec historique irrémédiable.

5. L’Assemblée Nationale (Provisoire).

Toutes les questions abordées ici ne font pas l’objet de discussions et de débats, pas plus à la C.T.C que dans le Mouvement National. Il est donc illusoire de penser que l’on puisse voir surgir des solutions rapidement. On a l’impression que les grandes préoccupations de notre Peuple ne trouvent pas d’écho dans les instances politiques. Comme si un projet institutionnel pouvait à lui seul régler tous les problèmes. Ce n’est pas notre avis.
A MANCA NAZIUNALE considère que c’est au Mouvement National, dans sa diversité, d’être, dans la période, le moteur du changement social et politique en Corse. Pour remplir sa mission historique, il se doit d’être la force de proposition et de combat qu’il a voulu être dans le passé.
Notre proposition à l’adresse de notre Peuple, de tous les patriotes et de tous les mouvements patriotiques c’est de débattre dès le 29 Septembre prochain, à l’Université de Corse(14 H), du projet d’Assemblée Nationale (Provisoire) qui, à notre sens, doit être l’instance où le Mouvement National débat, vote et décide dans l’intérêt de notre Nation et de son avenir.
C’est l’espace où peut se construire le projet de société par et pour le Peuple Corse.

Aujourd’hui, c’est possible. Nous devons prendre le temps d’y travailler

(cf. A lettara à i patriotti).