Analyse de la situation politique


Les nombreuses visites du ministre de l’intérieur en Corse ainsi que son déplacement à Bruxelles en compagnie d’élus de la CTC, semblent témoigner d’un vif intérêt pour notre pays. Intérêt d’autant plus remarquable si l’on veut se souvenir que Nicolas Sarkosy fut le temps d’une élection présidentielle un des collaborateurs de Charles Pasqua. Personnage avec qui il aura sans nul doute appris comment aborder les " affaires " de Corse. Dans la mémoire du Peuple Corse comme dans l’histoire du Mouvement National les passages au pouvoir de l’ancien ministre de l’intérieur, se sont soldés par un bilan totalement négatif et par un parcours parsemés de drames et de phénomènes graves dont notre pays porte encore les traces profondes.
Nous sommes dès lors, légitimement en droit de nous interroger sur les motivations réelles, d’un responsable politique issu d’une école ou le professeur (Charles Pasqua) n’hésitait pas à affirmer en son temps que : "la démocratie s’arrête là ou commence la raison d’État.../ "

À ces doutes sur les vertus présumées de N.SARKOSY viennent s’ajouter les résultats des derniers mois. Résultats qui ne peuvent que satisfaire une minorité d’élus ou de postulants au pouvoir. Après de multiples visites en Corse et un voyage à Bruxelles le bilan est maigre et les perspectives plus qu’inquiétantes. Nous passerons rapidement sur la création d’une nouvelle prison pour consacrer notre attention tout d’abord sur les aspects économiques et fiscaux qui peuvent se résumer assez simplement. Le dogme qui dicte les politiques envisagées est de nature indéniablement ultra-libérale, le tout enrobé par une propagande qui voudrait accréditer l’idée fallacieuse d’une avancée pour l’ensemble des Corses. Seule une minorité peut se satisfaire des dispositions fiscales à venir (crédit d’impôts, nouveaux abattements et réaménagements des tranches). Un supplément de zone franche, faute de créer de nouveaux emplois ou de rehausser le niveau des salaires, permettra encore une fois à une poignée de sociaux-professionnels d’engranger de substantielles plus-values.

De ce point de vue également, la visite auprès de la commission de Bruxelles, institution composée d’experts à la solde des tenants de l’Europe des patrons et des marchands, est d’une clarté aveuglante au point qu’aucun des élus présents n’a cru bon de s’inquiéter des propos de Romano Prodi (politicien dit de gauche, qui fit rentrer l’Italie dans les fameux critères de Maastricht). Le président de cette commission a pourtant strictement délimité les champs d’actions :

- Déréglementation et libéralisation des espaces en matière de transports (en précisant que la question des emplois ne pouvait être retenue comme un critère prioritaire dans le cadre des appels d’offre et que les subventions accordées par mesure dérogatoire devraient cesser à la date fixée initialement sans possibilités de délais supplémentaires)

- Ouverture des marchés accentuée et privatisation des moyens de fabrication et de distribution des énergies.

En résumé la commission n’a pas dérogé aux principes des traités en vigueur et les demandes des élus ou N.Sarkosy ne s’inséraient que dans ce cadre. C’est donc à un pseudo développement uniquement basé sur le tout tourisme que ce gouvernement (comme le précédent) veut voir se consacrer la Corse. La privatisation des espaces naturels (mers et montagnes) est programmée afin de parachever cette opération qui livrerait dès lors la Corse à une poignée de prédateurs.
Il ne s’agit donc pas de reconnaître au Peuple Corse le droit de maîtriser ses institutions et de choisir librement sa représentation politique et un type de société. Ce dont il est question va à l’opposé et les tutelles sont maintenues. Lorsque les sommes dévolues au PEI auront été englouties et réparties entre les diverses chefferies, il ne restera plus aucun moyen destinés à un développement collectif. Les perspectives d’un séisme social ne sont donc pas derrière nous, car à cette décentralisation des déficits budgétaires viendra se rajouter une offensive d’ampleur inégalée sur les salaires, sur les retraites et sur l’ensemble des acquis sociaux.
Le Peuple Corse et sa composante majoritaire, le monde du travail, sont dans l’obligation de rejeter la politique de ce gouvernement et d’organiser publiquement les résistances à venir. Résister d’abord, puis de dessiner les contours d’une alternative ou la question nationale reste indissolublement liée à la question sociale.