Matignon, Loi littoral, ANP


1. Accord de Matignon :

La phase n°1 du processus de Matignon s’est achevée par le vote des parlementaires français après des débats trop souvent fort éloignés de la situation politique corse. Nous savions pour notre part qu’il ne s’agissait dès le départ que d’un processus très éloigné de la recherche d’une véritable solution politique.

Afin de s’attirer les bonnes grâces d’élus territoriaux issus par ailleurs de formations politiques qui lui sont d’ordinaire particulièrement hostiles, le Premier Ministre a donné en pâture la Loi Littoral, ouvrant la porte à toutes les tentatives de prédation de nos espaces naturels.

Les dispositions en matière d’enseignement de la langue Corse ont été revues et corrigées à la baisse, pour ne déboucher que sur des vagues mesures qui ne répondent en rien aux exigences de celles et de ceux conscients des dangers mortels qui pèsent sur notre culture. Par ailleurs, à aucun moment n’ont été créé les conditions pour que s’instaure un véritable débat démocratique sur place et sous le contrôle permanent des premiers concernés : les Corses.

Le processus de Matignon ne peut donc et en aucun cas être compris comme une amorce de solution politique. Il consacre en cela l’échec, non seulement de ce gouvernement et de l’ensemble de la représentation politique française, mais également l’échec d’une manœuvre qui se voulait contourner la question des droits fondamentaux du Peuple Corse.

Pour autant, il faut se garder de croire que rien n’a changé. En effet, tout au long de ces derniers mois et avec encore plus de force lors des débats parlementaires, l’idée d’un développement basé sur le Tout Tourisme a été assénée et présentée comme la seule alternative. L’Europe découpée en zones, auxquelles une poignée de " décideurs " a décidé de conférer des rôles économiques et spécifiques. Le Sud Européen s’est ainsi vu attribuer des fonctions, dont une intéresse particulièrement notre pays : l’accueil de millions de touristes. Cette nouvelle division de l’organisation du travail, arbitrairement échafaudée, au niveau européen, s’inscrit dans le cadre d’une globalisation aujourd’hui de plus en plus massivement contestée.

U Muvimentu di a Manca Naziunale a pour sa part et depuis des années opté pour l’édification d’une société débarrassée de toutes les formes d’exploitations. Ce projet politique est le seul qui soit en mesure de remettre l’économie au service des hommes dans le cadre d’une Corse souveraine. Le monde du travail, la jeunesse en tout premier lieu doivent s’inscrire résolument dans une perspective de changement de fonds. Cela se fera par le renforcement du courant patriotique de gauche et au travers des luttes et mobilisations en cours et à venir.

La Loi " Littoral " :

A ce titre le combat du Collectif pour la défense de la Loi Littoral, au sein duquel nous réaffirmons notre total engagement, est un exemple précieux pour toutes celles et ceux qui souhaitent bâtir une démocratie participative. Sur le fond également ce collectif pose la question essentielle de la maîtrise de nos espaces naturels de vie. Cette mobilisation publique légitimée tous les jours un peu plus par l’assentiment populaire atteste de la volonté d’un plus grand nombre de devenir des acteurs majeurs en dehors de toute forme d’hégémonie, tant il est vrai que la manière dont on lutte, préfigure aujourd’hui des choix du futur. Le problème de l’appropriation privée de notre patrimoine naturel (littoral, mer et montagne) est absolument central, dans la mesure où est posée la question des conditions d’existence de la communauté Corse. Nous l’avions soulevé lors de notre participation aux élections territoriales de 1999, en proposant aux organisations nationalistes un pacte de quatre points dont le 3ème était ainsi rédigé : " Maintien de la loi Littoral et affirmation définitive stipulant que le littoral et l’espace maritime sont considéré comme patrimoine inaliénable du peuple corse".

Ce n’est donc pas à une classe politique rongée par les pratiques clanistes et soumise aux menées dangereuses de fractions néo-clanistes à qui il appartient de décider du sort de notre pays. En faisant barrage également aux spéculateurs de toutes origines, il nous faut collectivement opter pour une alternative socialement progressiste, seule perspective juste et réaliste pour la Corse.

Une véritable Solution Politique : L’Assemblée Nationale Provisoire.

Nous suivons avec un grand intérêt les processus de regroupement opéré ces derniers mois par diverses organisations du Mouvement National.
Nous pensons que cela peut se révéler positif dans la mesure où intervient une nécessaire clarification dans le moment historique que nous vivons. En effet, la prochaine ligne de partage entre les forces sociales et politiques dans notre pays concernera LE PROJET DE SOCIETE.
Ces regroupements rendent les propositions des uns et des autres plus lisibles ainsi notre peuple sera plus à même de choisir.

L’idée indépendantiste revient sur le devant de la scène, nous pensons que cette proposition est une solution naturelle pour notre pays, elle n’est actuellement pas la seule. Et surtout s’il apparaît à tous que cette solution devra être mise en œuvre par étapes, il est indispensable de lui donner un contenu concret.

U Muvimentu di a Manca Naziunale est prête à des relations politiques privilégiées avec les autres organisations du Mouvement National. Nous avons toujours considéré que le Mouvement National devait assumer son rôle historique de moteur du changement politique et social dans notre pays. Il reste aujourd’hui à donner un cadre précis à ces relations.
Si les conditions à un véritable débat sur ce point stratégique sont réunies, il faut dès à présent se montrer ambitieux pour notre Nation et aboutir à un accord pour faire émerger l’espace démocratique légitime.

Une solution politique est possible et c’est au Mouvement National de la construire et de la proposer à notre peuple.

La solution politique que nous appelons de nos vœux ne peut être qu’issue des débats sanctionnés par un vote dans ce que nous nommons " la représentation démocratique de la Nation Corse en lutte ". Il est temps que la Nation Corse se dote à la fois d’un espace de débat et d’un outil représentatif des sensibilités et des projets qui le traversent. C’est pourquoi, selon le principe démocratique "un homme, une voix " nous appelons à la constitution d’une liste électorale de la Nation Corse à partir de l’inscription volontaire des citoyens corses, en vue de l’élection d’une Assemblée Nationale Provisoire à la proportionnelle intégrale. Cette A.N.P sera l’émanation du Peuple Corse en lutte et à ce titre la seule légitime dans les négociations aboutissant au processus de l’autodétermination. Ce principe révolutionnaire n’est la propriété d’aucun parti ou mouvement en particulier, il appartient à chaque patriote et c’est à chaque patriote de le faire aboutir.

L’A.N.P est la réponse à trois questions capitales pour nous tous :

  • Elle est déterminée par l’adhésion volontaire des corses qui reconnaissent le Peuple Corse comme leur communauté naturelle.
  • Elle permet le débat démocratique dans une instance appartenant en propre au Peuple Corse et consacre donc le pluralisme comme un élément fondamental de la future démocratie corse.
  • Elle donne à la Nation Corse une représentation nationale légitime
    donc seule habilitée à engager notre pays dans des négociations avec l’Etat Français et les plus hautes instances internationales.