Réunion du 2 janvier 1995 à l'Università de Corti faisant suite à l'assassinat de Franck Muzy
Texte présenté par Jean Toussaint Plasenzotti DE L'URGENCE DE SE PARLER Au delà de l'aspect humain et même social que peut revêtir la mort de Robert Sozzi et de Franck Muzy. Ces drames sont l'expression la plus extrême des contradictions et des conflits qui, au sein du mouvement national, n'ont pu trouver d'issue démocratique du fait même qu'il n'a quasiment jamais existé de démocratie dans le mouvement. Depuis l'origine et malgré les engagements des uns et des autres, le mouvement a vécu coup d'état sur coup d'état, le rapport de force physique étant la seule manière de régler les problèmes. Le pouvoir restant la propriété exclusive du groupe le plus fort du moment. Le groupe le plus faible n'ayant d'autre ressource que de partir. Au début-les liquidés partaient individuellement, mais lorsque le phénomène a commencé à toucher des leaders nous avons vu se créer un puis deux partis politiques. Ainsi les liquidateurs d'hier devenaient les liquidés d'aujourd'hui et attendant que les liquidateurs d'aujourd'hui soient les liquidés de demain. Chaque fois que cela a été possible une poignée de militants ont dénoncé les conséquences et les dangers du manque de démocratie, expliquant que ces pratiques auraient fatalement des répercussions sur le type de société que nous aurions en Corse. Malheureusement au fur et à mesure que le mouvement grandissait les conflits prenaient une acuité supplémentaire. Les arsenaux toujours plus importants détenus par les uns et les autres rendaient le moindre conflit dangereux. L'histoire du F.L.N. algérien est édifiante et elle n'a pas, pour notre malheur, servie de leçon et chez nous le F.L.N. tire sur le peuple et les opposants bien avant de prendre le pouvoir. Dans ce contexte favorable la tâche de l'état français n'en a été que plus facile. Et il a suffit d'un ministre de l'intérieur un peu plus tordu que les autres pour aboutir aux épouvantables meurtres de Robert et de Franck. Si ces assassinats ne sont pas le fait du hasard, c'est d'abord qu'il s'agit d'assassinats politiques. Un petit groupe déconnecté de la réalité sociale et politique de ce pays et à l'ombre du proconsul PASQUA jouent le rôle de tontons-macoutes. Si hier le mouvement national pouvait jouer des contradictions de la vie politique française, notamment les élections présidentielles, aujourd'hui notre pays est utilisé dans la stratégie de Balladur et pourquoi pas de Chirac. L'état français est maitre du jeu ...... L'infantilisme déconcertant du mouvement national a aboutit à cette situation et aux meurtres de nos deux frères. Alors comment sortir de cette crise, comment éviter d'autres morts? De notre point de vue la solution ne peut pas être d'en appeler à l'état Français pas plus qu'aux clanistes (ce serait un comble). LA SOLUTION EST AVANT TOUT POLITIQUE PARCE QUE LE PROBLEME EST POLITIQUE. La résolution de cette crise ne peut être militaire à moins que nous ne souhaitions un carnage généralisé. Céder à l'urgence à toujours été la commodité de ceux qui refusaient de traiter les problèmes de fond. De ceux qui ont toujours hésité à favoriser la mise en place de structures démocratiques qui auraient permis de résoudre de manière civilisée nos divergences. Nous ne devons pas céder à l'urgence apparente de demander des comptes. L'urgence véritable c'est d'ouvrir un espace démocratique qui permette à chacun d'avoir sa place et d'être reconnu par l'autre. Sans forcément avoir une bande armée pour avoir le droit d'exister. Il n'y a pas si longtemps des militants ANC et MPA étaient à deux doigts de s'entre-tuer. Nous devons éviter que cela se reproduise. Le respect de la mémoire de nos deux frères assassinés, le respect de leur engagement politique exige que nous trouvions une issue politique. La survie du mouvement national et par conséquent de notre peuple en est l'enjeu. Dans d'autres régions du monde les hommes négocient après des milliers voire des centaines de milliers de morts, les pires ennemis négocient. Nous devons discuter après deux morts, nous aurions du discuter bien avant, mais en tout état de cause nous devons nous parler aujourd'hui plutôt que demain après des dizaines de morts. Chacun d'entre nous est porteur d'une parcelle de l'esprit national et chacun d'entre nous doit garder bien lucide l'esprit national. l'intérêt de la Nation commande aujourd'hui de porter nos coups contre la politique mafieuse de l'état français et de son ministre de l'intérieur. Mais pour cela il faut avant tout nous mettre autour d'une table et mettre à plat tous les problèmes. La société Corse, le Mouvement national sont assez riches d'intelligence et de savoir faire pour être capable de simplement parler et trouver LES SOLUTIONS, NOS SOLUTIONS. Quant à nous: nous proposons dans un premier temps de créer une instance politique consensuelle chargée d'élaborer une série de propositions transitoires pour sortir de la crise. Nous proposons à terme un processus de dissolution de tous les groupes armés et la création, sous l'autorité d'une instance démocratique élue au suffrage universel (selon des modalités à définir), d'une unité de maintien de l'ordre dans la Nation, dont l'objet sera de peser sur l'état français ou tout autre adversaire de l'intérêt collectif mais aussi de jouer un rôle dissuasif dans les conflits internes à la société corse. Dans l'immédiat nous proposons une manifestation pour dénoncer la politique mafieuse de l'état français et de ses complices. Un groupe de patriotes inorganisés. POUR EN SAVOIR PLUS Ce texte a été présenté par des militants qui fondèrent 2 ans plus tard A Manca Naziunale. Il fut lu devant 300 personnes à l'università di Corti. Cette réunion déboucha sur la naissance du 'collectif du 2 janvier' et la manifestation du 28 janvier 1995 qui réunit plus de 4 000 personnes à Bastia et dont le mot d'ordre était : " Tumbà R.Sozzi è F.Muzy ghjè tumbà u populu corsu " ( Tuer R.Sozzi et F.Muzy, c'est tuer le peuple corse ) Après avoir lu ce texte, les patriotes de gauches furent traités par les partisans d'un affrontement généralisé de "poêtes","philosophes"... Dans le même temps, le P.S et le P.C.F ont trouvé tous les prétextes pour ne pas participer ni aux débats publics, ni à la manifestation. Ce comportement totalement irresponsable et criminel a donc aussi contribué aux années de plomb qu'a connu le peuple corse par la suite...
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